Sevrage d’un somnifère : comment arrêter ?

Dans certaines périodes de crise, un somnifère a été  nécessaire : épisode dépressif sévère, état de stress post- traumatique, douleur intense, souci professionnel grave, insomnie sévère..  Mais jusqu’à quand ?

Le sevrage d’un somnifère devenu habituel est-il possible? Comment s’en passer ? Dormir sans son somnifère habituel, c’est le souhait de nombreuses personnes. Mais le sentiment d’une très grande difficulté voire d’une impossibilité s’impose.

La dépendance, l’accoutumance à un médicament pris le soir, « pour dormir », s’installe très rapidement. Pourquoi ? Parce que tout le monde aspire à la sécurité, au bonheur du sommeil : dormir suffisamment et bien. Mais aussi : oublier d’un coup ses tracas, ne pas lutter pour chasser ses soucis, se réveiller reposé avec le sentiment d’avoir bien dormi.

Le problème est qu’on s’habitue vite à cette sécurité. Ainsi, on risque de ne plus pouvoir y renoncer et d ’empêcher le sommeil naturel de se rétablir. Une certaine résignation s’installe mais avec le temps, l’inquiétude pointe. Est-ce vraiment indispensable ? Est-ce nocif pour la santé, à long terme ? Dois-je continuer ? Puis-je arrêter ? Comment ?

Psyway ne cherche jamais à critiquer l’utilisation des médicaments psychotropes car il sont un grand progrès. Ils sont strictement indispensables et même vitaux  dans nombre de situations psychiques. Mais ils doivent être utilisés à bon escient, le temps qu’il faut et sous contrôle médical. C’est pourquoi leur usage inapproprié doit être expliqué.

Quels avantages  au sevrage d’un somnifère habituel ?

Vous vous sentirez globalement mieux, plus réveillé, plus « en forme ». Vous n’aurez plus les inconvénients d’un somnifère.

  • vos petits troubles de la mémoire, les petits oublis, vont beaucoup s’atténuer ou vont complètement disparaitre.
  • vous n’aurez plus de somnolence diurne dans la matinée : en effet, les médicaments pris le soir sont éliminés progressivement dans la journée suivante. Par conséquent, ils agissent encore plusieurs heures le lendemain.
  • la fatigue souvent liée à l’usage continu des somnifères va s’estomper
  • vous aurez le sentiment de mieux dormir, d’avoir enfin un sommeil naturel et réparateur, avec des rêves dont vous vous souviendrez (un peu) le matin : avoir rêvé procure un sentiment de confort, d’agrément, de complétude et de plaisir. Vous ne l’avez plus éprouvé depuis longtemps. Ce sentiment dépend du nouvel équilibre entre les phases de votre sommeil : lent, profond et paradoxal.
  • le sentiment d’avoir surmonté une épreuve par vos propres moyens vous donnera confiance en vous. Quand vous aurez rompu avec le fort attachement à votre somnifère habituel, vous vous sentirez moins coupable. Vous savourerez une victoire..
  • de plus, la consultation mensuelle de votre médecin traitant, pour demander le renouvellement du somnifère ne sera plus nécessaire
  • si vous avez des apnées du sommeil, vous éviterez leur aggravation car le somnifère augmente le nombre et la durée de ces apnées avec le risque d’obésité, d’hypertension artérielle, d’accident vasculaire cérébral, de somnolence etc.

Une personne qui prend un somnifère depuis des mois ou des années est souvent persuadée qu’elle ne peut plus faire autrement : c’est la dépendance psychique. Elle pense aussi qu’elle ne retrouvera pas spontanément le sommeil garanti par le somnifère. Il faut surmonter cette croyance et tenter le sevrage avec méthode et prudence.

À quelle catégorie appartient vraiment votre médicament ?

  • Si vous prenez du Lexomil ®- bromazepam, du Temesta ® – temazepam, du Seresta ® – oxazepam, du Tranxene ®, du Valium ® – diazepam, du Lysanxia ® prazepam : ces médicaments ne sont pas des somnifères. Ce sont des médicaments anxiolytiques (de la famille des benzodiazépines). Ils traitent votre anxiété et pas votre insomnie. Ils sont faussement assimilés à des « somnifères ». Mais ils ont pu aider au maintien de votre sommeil pendant la période difficile.
  • Si vous souffrez d’une anxiété continue, qu’il faut traiter longtemps, vous vous sentirez mieux en prenant une petite dose d’un médicament antidépresseur de la catégorie des IRS. Car certains de ces médicaments, à petite dose, traiteront bien mieux votre anxiété de fond qui souvent, s’accentue en fin de journée. Ils ne perturberont pas la structure de votre sommeil donc sa qualité.
  • Vous vous sentirez globalement mieux, plus confiant, avec moins de troubles du caractère et de pessimisme si votre anxiété est bien soignée. De même si vous ne vivez plus avec la crainte d’avoir des crises d’angoisse qui perturbent beaucoup le sentiment de sécurité interne dont nous avons besoin.
  • Plusieurs médicaments antidépresseurs, sont utilisés le soir pour faciliter le sommeil. Il s’agit du Norset ®- mirtazapine, de l’ Athymil ® – miansérine, du Laroxyl ®- amitryptiline. Ils sont le plus souvent confortables, bien supportés à petites doses.  Mais attention à la prise de poids éventuelle pour certaines personnes : à surveiller.

Vous prenez un médicament sédatif ?

  • Si vous prenez de l’Atarax ®- hydroxyzine, du Théralène ® – alimemazine, du Tercian ®- cyamémazine, ces médicaments ne sont pas des somnifères : ce sont des médicaments dits « sédatifs ». Il calment l’agitation intérieure, l’excès d’éveil quand il est temps de dormir. Ils permettent une détente, un accès plus facile au sommeil sans être de purs somnifères.
  • S’il est nécessaire de continuer, il faut trouver la dose minimale efficace. Le Théralène ® existe sous forme buvable. Le Tercian ® sous forme de gouttes, l’Atarax ® dispose d’une forme sirop. Ces formes buvables permettent un dosage fin et vous permettront de trouver le minimum nécessaire.

Quels sont les « somnifères » ?

  • Si vous prenez du Stilnox ® – zolpidem, de l’Imovane ® – zopiclone, du Nuctalon ® – estazolam, du Noctamide ® – lormetazepam, de l’Havlane ® – loprazolam : ce sont des somnifères ou hypnotiques. Ils induisent plus ou moins rapidement et maintiennent le sommeil pendant leur durée d’action. Il n’agissent pas sur l’anxiété. Utilisés pendant plusieurs semaines, ils risquent de provoquer une dépendance.

Quand on y est habitué à un somnifère, comment commencer le sevrage d’un somnifère ?

  • D’abord se rassurer, le sevrage est le plus souvent possible. Un demi-échec est un demi succès puisqu’il aboutit déjà à une réduction de la dose.
  • Attendre le bon moment. Ne commencez pas un sevrage de façon impulsive, par « ras-le-bol », par culpabilité ou par honte de prendre un médicament pour dormir. Réfléchissez et choisissez le bon moment, le plus confortable : par exemple le début de vacances calmes. Sinon, commencer un vendredi soir. Car il faut éviter le syndrome de sevrage.
  • Une règle d’or : la progressivité. La réduction  sera donc progressive, par paliers longs, et avec une évaluation lucide. Un ordre d’idée : une réduction d’un quart de la dose de somnifère  tous les quinze jours est prudente.
  • Si vous vivez en couple faites chambre à part pendant quelques nuits
  • Attendez vous à quelques symptômes bien connus, ce sont les symptômes de sevrage :
    • lenteur de l’endormissement, impression de fragmentation de la nuit, cauchemars, rêves incessants, impression de « nuit blanche », journée suivante difficile
  • Accepter la « dette de sommeil » : ne pas chercher à rattraper dans la journée qui suit le sommeil manquant. Le lendemain soir le besoin, la « pression de sommeil » sera plus forte.

Si c’est très difficile, cherchez un compromis

  • Un usage discontinu : 2 ou 3 fois par semaine. En fonction des situations repérées comme favorisant l’insomnie. Par exemple la veille d’une journée de stress prévisible: d’où l’insomnie fréquente du dimanche soir
  • Ne prenez pas le somnifère ou seulement la moitié de la dose la veille des week-ends
  • Remplacer un somnifère par un sédatif

Essayer les médicaments de phytothérapie, les anxiolytiques naturels à base de plantes, qui peuvent pour certains, faciliter l’ endormissement. (valériane, mélisse, aubépine, passiflore..).

Sevrage d’un somnifère avec la mélatonine

La mélatonine, traitement alternatif des troubles du sommeil  n’est pas un somnifère. Cette molécule normalement fabriquée par le cerveau, peut aussi vous aider. Elle existe sous 2 formes :

  • à libération prolongée (LP) : c’est un médicament qu’on trouve en pharmacie sous le nom de Circadin LP ® ou de Slenyto ®. Sur ordonnance médicale.
  • à libération immédiate (LI) c’est un complément alimentaire en vente libre (maximum de 1,9 mg/dose). On la trouve en pharmacie sans ordonnance. La forme à libération immédiate agit dans un créneau de temps limité : il faut donc trouver soi-même le bon moment de la prise : une demi-heure, une ou deux heures avant de se mettre au lit : cela dépend des personnes.

Elle n’a pas la puissance d’un somnifère mais la forme à libération immédiate  facilite l’endormissement et la forme à libération prolongée, active toute la nuit, améliore la structure du sommeil.

Elle peut ne pas être efficace d’emblée. Il faut continuer pendant parfois plusieurs semaines avant de sentir une amélioration. Si on l’interrompt, il n’y a pas de symptômes de sevrage. On peut la reprendre ultérieurement sans difficulté.

Les méthodes non médicamenteuses : s’initier par une appli

De nombreuses méthodes corporelles existent, visant à la détente et au lâcher prise des soucis de la journée ou du lendemain. Comment se familiariser et choisir la méthode qui vous convient ?

  • Travailler sur la respiration et la relaxation à partir d’une appli : Respirelax
  • S’exercer à la méditation à l’aide d’une appli : Petitbambou
  • Chercher la cohérence cardiaque à partir d’une appli : Kardia
  • Une bonne appli qui sert d’agenda du sommeil : ASC
  • Le port d’une montre connectée vous donnera facilement des tracés de sommeil : il n’est pas impossible que vous dormiez beaucoup mieux que vous ne le pensez.
  • Marcher 10000 pas par jour

Ce qu’il faut éviter :

  • L’alcool : la prise régulière d’alcool le soir devient vite une habitude très difficile à combattre : la dépendance est très forte. Même si l’alcool vous rend somnolent, il perturbe profondément le sommeil.
  • Le cannabis : nombreuses sont les personnes qui s’en servent pour se mettre dans un état de facilitation du sommeil. C’est une mauvaise solution. L’habitude s’installe très vite et les conséquences à long terme se feront sentir. Généralement, la tête lourde, parfois des crises d’angoisse et le plus souvent une accoutumance rapide.

Certains empêchements du sommeil ne relèvent pas d’un médicament : il faut faire un bilan médical

  • Le syndrome des jambes sans repos souvent lié à la dépression
  • Les apnées du sommeil
  • La dépression masquée

Ces troubles doivent être soignés en agissant sur leur cause. Il faut en faire un bilan médical sérieux et ne pas chercher à les masquer par un somnifère.

Consulter le Réseau Morphée

Ce site vous proposera de tenir un agenda du sommeil.  Les rédacteurs répondront à certaines questions.

L’insomnie

La prise en charge non médicamenteuse de l’insomnie

Prendre un rendez-vous dans un centre du sommeil proche de chez vous. Vous serez accompagné d’une lettre de votre médecin traitant.

Lire :

Lemoine P., Dormir sans médicaments (ou presque), Pocket, Paris, 2017

Royant-Parola S. (dir), Adrien J., Gronfier C.,  Les mécanismes du sommeil, Editions Le Pommier, 2007

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