Apnées du sommeil : un danger méconnu et fréquent

Découvert depuis les années 1970 par deux chercheurs français,  ce trouble du sommeil est très fréquent. Il est souvent intriqué à des difficultés psychiques comme la dépression et la bipolarité. Ses conséquences physiques à long terme sont très sévères.

Les apnées du sommeil sont des pauses respiratoires plus ou moins longues dont le dormeur ne se rend pas compte, contrairement à son conjoint. Elles entrainent à long terme des troubles cardiaques, métaboliques et neurologiques qui peuvent être très sérieux et compromettre la santé du sujet. « Chaque apnée entraîne une asphyxie qui provoque des lésions, en particulier au niveau du cœur et du cerveau. » (Lemoine P. 1).

Il s’agit d’un trouble très fréquent(5). Cependant, repérées et soignées les pauses respiratoires diminuent beaucoup en fréquence et l’état général de la personne s’améliore considérablement.

Qu’est ce qu’une apnée du sommeil?

Le Syndrome d’Apnées Obstructives du Sommeil  est caractérisé par la répétition d’épisodes d’obstruction complète qui découlent d’une perte d’élasticité des voies aériennes supérieures pendant le sommeil (2). Cela entraine une réduction ou la cessation complète du flux d’air en dépit des efforts inspiratoires du dormeur. Une apnée se définit comme une cessation totale du flux d’air pendant au moins 10 secondes. La succession des épisodes se termine par de brefs micro-éveils. C’est la dernière solution pour activer les muscles dilatateurs du pharynx et rétablir la respiration. Jusqu’à la pause suivante…

Quelques chiffres pour évaluer l’intensité du trouble

Un syndrome d’apnée du sommeil s’évalue comme :

  • Léger : lorsqu’il existe plus de 10 pauses respiratoires d’une durée supérieure à 10 secondes par heure de sommeil
  • Modéré : entre 20 et 30 pauses respiratoires
  • Sévère : au-dessus de 30 apnées de plus de 10 secondes par heure
  • Le nombre d’apnées par nuit peut aller jusqu’à 400 ou 500
  • Ces pauses respiratoires peuvent durer jusqu’à trois minutes

Quelles sont les conséquences physiologiques du Syndrome d’Apnée Obstructives du Sommeil ? (SAOS)

« La baisse de la PaO2 et l’augmentation de la PCO2 est responsable d’un stress oxydatif, d’une dysfonction endothéliale, d’inflammation, et d’une diminution de l’oxygénation des muscles cardiaques. Les micro-éveils ont un rôle dans l’augmentation de l’activité du système nerveux sympathique et la sécrétion des catécholamines.Ces deux phénomènes participent à la survenue d’hypertension, d’athérosclérose, d’ischémie myocardique, d’arythmies cardiaques, et d’accidents vasculaires cérébraux (AVC). La gravité du SAOS non traité .. a tendance à progresser lentement au fil du temps. Le SAOS devient plus sévère chez les patients dont l’IMC augmente, et peut s’améliorer avec la réduction de poids. » (Guichard K., Thèse)

Les micro-éveils de quelques secondes et la baisse d’oxygénation du sang surviennent généralement après chaque apnée. Le sommeil est donc très fortement perturbé d’où la somnolence diurne. Car le sommeil lent profond, le plus réparateur est gravement affecté ce qui  entraine en cascade une série de troubles physiologiques.

Quand doit-on penser à une apnée du sommeil ?

  • des symptômes de nuit : un ronflement bruyant, des pauses respiratoires prolongées, des râles de reprise respiratoire bruyante qui réveillent le conjoint, des sueurs nocturnes abondantes, un besoin d’uriner plusieurs fois dans la nuit, une agitation pendant le sommeil car la personne lutte pour respirer.
  • des symptômes de jour :
    – une fatigue prolongée et inexpliquée, dès le lever, plus marquée qu’au coucher
    – une dépression (dans 1/3 des cas)
    – une somnolence anormale, une tendance à s’endormir en l’absence de stimulation, des accès de sommeil irrésistibles et invalidants, une somnolence au volant.
    – des troubles de la mémoire fréquents, des distractions et erreurs surprenantes, des difficultés de concentration,
    – certains troubles du caractère,
    – une baisse de la libido
  • Des indices évocateurs : la soixantaine, une obésité avec un indice de masse corporelle élevé, une morphologie du cou qui est court et élargi, un visage un peu rouge et luisant, un tabagisme, une hypertension artérielle. Mais ce n’est pas toujours le cas : il existe des apnéiques maigres et jeunes. Et des enfants en sont aussi porteurs avec des conséquences sur l’humeur, le comportement, les apprentissages scolaires voire les courbes de croissance (5).
  • La fréquence des apnées du sommeil est très augmentée chez les personnes souffrant de bipolarité. On doit rechercher leur existence.

Quelles sont les causes des apnées du sommeil ?

  • D’abord, la prise d’alcool le soir qui multiplie le nombre d’apnées et leur durée
  • Les benzodiazépines, sans être l’origine unique des apnées du sommeil, les aggravent. De même que les médicaments sédatif non benzodiazépiniques.
  • Certaines drogues et surtout la morphine et l’héroïne
  • Une anomalie anatomique de l’arrière-gorge
  • Mais aussi une insuffisance thyroïdienne car elle provoque une infiltration de la paroi des conduits respiratoires et une grosse langue
  • Enfin, l’obésité car les masses graisseuse compriment les voies respiratoires

(Cette revue des causes principales est dûe à Lemoine P. p 156 à 159)

Quels examens doit-on effectuer pour établir le diagnostic ?

Il existe des dispositifs de dépistage léger que proposent de nombreux Orl et pneumologues (lunettes avec capteur sous les narines, doigtier oxymètre pour mesurer la saturation d’oxygène). Mais, s’ils sont utiles dans  une première approche, leur fiabilité n’est pas absolue.

  • La polygraphie ventilatoire se pratique chez soi. On enregistre plusieurs éléments de la respiration pendant le sommeil : le flux aérien, les efforts respiratoires, l’oxymétrie, le pouls. La polygraphie ventilatoire permet un diagnostic rapide d’un SAOS et des ronflements. Cette technique a pour fonction de déceler l’apnée du sommeil en suivant les différents cycles respiratoires au cours d’une nuit.
  • Cependant, l’examen le plus complet est la polysomnographie. Elle se déroule dans un hôpital ou une clinique et depuis peu, chez soi. Durant l’examen, on pratique simultanément :
  • un électro-encéphalogramme (EEG) pour étudier l’activité électrique du cerveau
  • un électromyogramme (EMG) pour étudier l’activité des muscles
  • un électrocardiogramme (ECG) pour étudier l’activité cardiaque
  • la mesure du niveau d’oxygène dans le sang grâce à un capteur fixé au bout du doigt
  • enfin le débit d’air circulant par le nez pour étudier la respiration et détecter les apnées du sommeil,

Ainsi, on peut ainsi étudier le déroulement du sommeil pendant une nuit complète avec ses différentes phases, le nombre et la durée des apnées, la présence d’un ronflements, de mouvements anormaux des jambes etc.

Le plus important : dans le cas de l’apnée du sommeil, la polysomnographie permet de calculer très précisément l’Indice d’Apnée Hypopnée (IAH) et son niveau de sévérité.

Quel traitement pour les apnées du sommeil ?

Selon le degré de gravité, il peut être proposé :

  • Une orthèse d’avancement mandibulaire qui compense un affaissement de l’arrière-gorge avec obstruction de la glotte par la langue. La mâchoire inférieure est avancée par ce dispositif et autorise ainsi une meilleure circulation de l’air.
  • Mais la ventilation nocturne par Pression Positive Continue est la méthode la plus efficace. Autrefois bruyants et encombrants, les appareils actuels sont beaucoup plus légers et silencieux. En conséquence, ce dispositif devient le traitement de choix mais il doit être utilisé de façon continue. Le soulagement des patients est tel qu’une fois essayé, ils acceptent parfaitement cette contrainte. Les effets sont rapides sur la fatigue, la dépression, la forme physique. Par-dessus tout, les conséquences du trouble à long terme sont nettement réduites.
  • Une visite technique régulière est indispensable pour nettoyer, adapter au mieux le masque, la pression d’air etc.
  • Sous certaines conditions très précises de gravité, la location de l’appareil et son entretien sont remboursés par l’Assurance maladie.

On consultera, selon son domicile, un centre du sommeil dans un hôpital ou un médecin du sommeil certifié.

Sources

1 Lemoine P., Dormir sans médicaments, Pocket, Ed Robert Laffont, Paris, 2015

2 Guichard K., Thèse de doctorat d’État de Docteur en médecine, Université de Bordeaux, 19 décembre 2017

3 Billiard M., Troubles du sommeil, in Thérapeutique psychiatrique, Senon JL, Sechter D., Richard D., Hermann Editeur, 1995

4 Le Réseau Morphée permet une première évaluation de son sommeil. C’est un réseau de spécialistes. Ce site recèle une quantité d’informations sur les troubles du sommeil.

5 Cabut S. et Santi P., Les apnées du sommeil, un fléau qui touche un adulte sur cinq, Le Monde décembre 2021

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