Comment et quand arrêter les anxiolytiques ? Pour un sevrage progressif

Lorsqu’on a traversé une dépression, qu’on a vécu un trouble anxieux prolongé ou une forte période de stress, le médecin a souvent prescrit un anxiolytique.

Il a été très utile au début du traitement. Le plus souvent la situation s’est améliorée, il va donc falloir songer à arrêter la thérapeutique médicamenteuse  par un sevrage progressif.

Selon les cas, l’anxiolytique a été prescrit seul, ou en association avec un antidépresseur. On peut envisager d’arrêter les anxiolytiques en conservant le traitement antidépresseur.

Pour certains, les prises de médicaments sont devenues habituelles voire automatiques. Après plusieurs semaines ou plusieurs mois, il est devenu difficile d’envisager leur  arrêt pur et simple. Il va pourtant falloir y songer.

Le sevrage des anxiolytiques peut être compliqué. Il doit être fait de façon prudente et méthodique, à partir de quelques éléments importants à connaitre.

Il ne faut pas se précipiter, ni agir impulsivement ou par exaspération. On peut être tenté de se prouver à soi-même qu’on en est capable, puis se rendre compte que c’est trop pénible. Le risque est alors de renoncer au projet de sevrage.

Un obstacle peut survenir : le phénomènes de dépendance. Il n’est pas grave mais il ne faut pas le sous-estimer.

Quand envisager un sevrage ?

D’abord, demander l’avis du médecin prescripteur, médecin généraliste ou psychiatre, celui ou celle qui vous renouvelle vos ordonnances. Il ne s’agit pas de faire semblant de demander son avis à votre médecin, il faut savoir en tenir compte.

Il s’agit de se poser quelques questions essentielles :

  • le moment est-il bien choisi ?
  • le trouble (dépression, angoisse, stress) est-il  bien soigné ?
  • les conditions de tranquillité, de non-stress, de stabilité sont-elles réunies ?
  • vous sentez-vous vraiment mieux ? Pas d’attaque de panique depuis plusieurs mois, pas d’anxiété continue, pas de symptôme dépressif, pas de consommation d’alcool compensatoire ?

On mettra à profit le début d’une période de vacances pour commencer un sevrage progressif, car différents petits symptômes gênants peuvent apparaitre et durer quelques jours à quelques semaines. En période de travail, il vaut mieux éviter d’être mal en point, nerveux ou insomniaque.

Il faut s’attendre à passer plusieurs jours en ne se sentant pas très bien. Quelques symptômes dus au sevrage peuvent apparaître (selon les personnes) : anxiété, nervosité, irritabilité, tremblement des mains, nausées, transpiration, fréquence cardiaque augmentée, insomnie, cauchemars, malaise général.

  • on privilégie d’être au calme dans les meilleures conditions de confort.
  • si une nuit blanche survient, c’est normal. On prévoit de la passer tranquillement et sans trop d’inquiétude. Vous rattraperez votre sommeil le lendemain

Comment organiser un sevrage ?

  • D’abord, on fixe un calendrier d’arrêt avec le médecin

On note avec lui les doses actuelles réellement prises. Pour un sevrage progressif, on prévoit des paliers confortables de diminution des doses et on note aussi les symptômes nouveaux qui ont pu apparaître. Ces symptômes sont transitoires et vont disparaître, ce qui est encourageant.

  • Par la suite, et même si tout se passe bien, on ne doit pas accélérer la diminution des doses : c’est LE piège à éviter!

On continue la diminution par paliers.

  • Enfin, il faut savoir que plus les doses habituelles sont élevées, plus les paliers seront longs.

Donc il ne faut pas se presser mais avancer quand même avec résolution. L’arrêt des benzodiazépines peut prendre trois ou quatre semaines voire plus, parfois 3 mois à 1 an. Cela ne doit pas vous décourager et vous amener à renoncer.

Un sevrage progressif, comment ça marche ?

Il existe 2 groupes de médicaments. Tout le processus dépend de leur durée d’action dans l’organisme.

  • 1er groupe : avec l’alprazolam Xanax®, le bromazepam Lexomil®, le lorazépam Temesta®, l’oxazepam Seresta® :

Leur action dure de 3 à 8 heures (courte ou moyenne). Après ce délai, il sont éliminés par le foie.

Le manque se fait nettement sentir quelques heures après la dernière prise, puisque l’organisme en est rapidement privé.

La stratégie à adopter : on diminue les prises qui paraissent les plus faciles à réduire, du quart ou de la moitié, pendant plusieurs jours. Puis on continue à diminuer les doses, toujours par paliers de plusieurs jours. On commence donc par les prises dont on ne ressent pas vraiment le besoin.

Par contre, on garde pour un temps les doses dont on a l’impression qu’elles sont importantes, par exemple celles du matin ou au contraire celles du soir.

  • 2e groupe : avec le diazépam Valium®, le clorazepate dipotassique Tranxène®, le prazepam Lysanxia®, le clobazam Urbanyl®, le nordazepam Nordaz® :

Leur action est beaucoup plus longue : elle dure 10 ou 15 heures, voire plus.

La baisse de leur action est plus progressive donc le manque se fait sentir moins vite.

Les symptômes de sevrage peuvent survenir nettement plus tard : 4 ou 5 jours après la dernière prise. En effet, il existe des produits de dégradation par le foie qui restent actifs sur le psychisme (les métabolites actifs). Il arrive parfois qu’ils apparaissent 10 à 15 jours après la diminution.

La stratégie à adopter : là encore, on diminue progressivement, par paliers successifs, en utilisant des comprimés plus faiblement dosés (Urbanyl, Tranxène, Valium, Nordaz) ou encore mieux, on passe à la forme gouttes (Valium®, Lysanxia®).

Et si le sevrage était plus difficile que prévu ?

  • Première option : si le sevrage est trop pénible, votre médecin peut vous prescrire des médicaments qui aident à passer ce cap difficile. Cela peut paraître paradoxal, mais c’est une méthode qui fait ses preuves et qui fonctionne très bien.

En relai provisoire et pendant quelques jours ou semaines, vous pouvez prendre des médicaments sédatifs, calmants, à petites doses, qui ne créent pas de dépendance :

    • hydroxyzine Atarax®, surtout le soir ou doxylamine Donormyl® ou de la mélatonine
    • de la cyamémazine Tercian® (1 à 3 gouttes)
    • de l’amitriptyline Laroxyl® (5 gouttes)
    • un bêtabloquant si les symptômes végétatifs (sueurs, palpitations, vertiges) sont importants
    • un antidépresseur IRS
    • un médicament de phytothérapie
  • Deuxième option : parfois, il faut accepter une phase intermédiaire : le changement de benzodiazépine.

On remplace plusieurs prises d’une benzodiazépine à durée d’action courte (Alprazolam Xanax®, bromazepam Lexomil®) qui créent une forte dépendance par une ou deux prises d’une benzodiazépine à durée d’action plus longue (oxazepam Seresta®, diazepam Valium® ou chlorazepate dipotassique Tranxène®).

Ainsi, la concentration sanguine du médicament baisse beaucoup plus lentement et les effets désagréables du sevrage sont atténués..

Puis on réduira progressivement la dose prise.

Quels sont les risques principaux d’un sevrage brutal ?

Ce sont des risques sérieux que les médecins veulent éviter à tout prix et qui justifient un sevrage progressif.

  • une crise convulsive de type épilepsie mais qui n’évolue pas vers une épilepsie
  • un moment confusionnel : le délirium tremens avec un trouble du comportement

Il faut absolument éviter de remplacer la prise d’une benzodiazépine par l’alcool.

Et si on n’a pas réussi son sevrage du premier coup ?

  • il ne faut pas se décourager et recommencer plus tard en meilleure connaissance de cause
  • il faut admettre que si on a réussi une réduction de la dose de départ, c’est déjà une victoire

Sur Psyway :

Comment se sevrer d’un antidépresseur ?

Arrêt médicamenteux brutal : attention au sevrage

Angoisse et anxiété : que faire ?

Les benzodizépines – anxiolytiques – hypnotiques 

Autres sites :

HAS Arrêt des benzodiazépines et médicaments apparentés : démarche du médecin traitant en ambulatoire

 

 

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7 Commentaire

Participez à la discussion et dites-nous votre opinion.

Momorépondre
18 novembre 2021 à 18 h 11 min

J’ai arrêté le deroxat depuis mai dernier après 16 ans d’utilisation. Là, j’ai des difficultés de sommeil qui deviennent quasiment invalidantes meme en prenant 1/4 de Lexomil le soir. Dois-je reprendre le deroxat ou puis-je le remplacer par un autre médicament ? Merci infiniment d’avance.

Marc Hayatrépondre
19 novembre 2021 à 16 h 31 min
– En réponse à: Momo

Bonjour,
Votre insomnie étant apparue plusieurs mois après l’arrêt de la prise de Déroxat ne peut pas être considérée comme un signe d’un syndrome de sevrage suite à un arrêt de traitement.
Il faut donc savoir les causes de cette insomnie.
Si cela correspond à la survenue d’un moment particulier de votre vie, de soucis familiaux et/ou professionnels il serait utile de commencer par prendre un somnifère pendant quelques jours. Sinon il faudrait s’interroger pour savoir si cette insomnie n’est pas le signe d’une reprise de votre dépression. La reprise d’un traitement anti-dépresseur doit être alors envisager avec du Déroxat ou un autre anti-dépresseur. Il est nécessaire pour cela d’avoir l’avis de votre médecin.
Cordialement
Docteur Marc Hayat pour l’équipe psyway.

Momorépondre
21 novembre 2021 à 12 h 33 min
– En réponse à: Marc Hayat

Bonjour,
Merci infiniment Docteur pour la prompte et utile réponse. Le médecin m’a prescrit du Lexomil en trois prises (1/4 matin, 1/4 midi et 1/2 soir) qu’il m’a demandé de diminuer progressivement pour le remplacer par du Laroxyl (10 gouttes puis 15) que je dois commencer ce soir. La question est qu’un urologue m’avait prescrit du Precostop qui contient du 200mg de tryptophane et j’ai lu que ceci pouvait interférer avec le Laroxyl provoquant une toxicité serotoningique. Est-ce le cas avec cette dose ?
Merci encore pour votre appui !

Marc Hayatrépondre
21 novembre 2021 à 18 h 43 min
– En réponse à: Momo

Avec de faibles doses de Laroxyl vous pouvez commencer à prendre ce traitement. Mais cependant restez vigilant et au moindre symptôme consulter votre médecin
Cordialement,
Docteur Marc Hayat pour l’équipe psyway

Auziererépondre
12 octobre 2021 à 15 h 51 min

Des années de lexomil à 1/4 résultat zéro.,mais je crains de l’arrêter complètement car mon cerveau est habitué à son 1/4 tous les soirs.Que faut il en penser? J’ ai 93 ans moyenne de sommeil 2 h ou nuit blanche.Je suis épuisée.peut on prendre en même temps du donormyl de temps en temps pour récupérer quelques forces

Serge Gauthierrépondre
25 octobre 2021 à 9 h 41 min
– En réponse à: Auziere

Bonjour Madame
Nous ne pouvons pas vous conseiller d’associer les deux médicaments que vous évoquez, dont les effets indésirables peuvent s’additionner. Peut-être pourriez vous envisager la mélatonine? Dans tous les cas, il faut que vous repalliez de votre insomnie et de ce traitement avec votre médecin ou psychiatre habituel.
Bien à vous
Dr Gauthier, pour l’équipe Psyway

Serge Gauthierrépondre
25 octobre 2021 à 9 h 52 min
– En réponse à: Auziere

Bonjour Madame
Nous ne pouvons vous conseiller d’associer ces deux médicaments, dont les effets indésirables peuvent se cumuler. Vous pourriez peut-être essayer la mélatonine (voir sur le site Psyway). Dans tous les cas, il est indispensable de reparler de cette insomnie avec votre médecin ou psychiatre, surtout si vous envisagez une modification médicamenteuse.
Dr Gauthier, pour l’équipe Psyway

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