E-psychiatrie dans la E-santé : des voies nouvelles ?

La e-santé va-elle permettre le développement de la e-psychiatrie ? Quels sont les signes d’une entrée, (concepts et moyens) du numérique dans la psychiatrie?

La E-psychiatrie va-t-elle prendre son essor dans le champ de la E-santé permise par le développement du numérique ? De fait, c’est en septembre 2018 qu’a eu lieu le lancement du dispositif de télémedecine. Avalisé par l’Assurance Maladie, dans le cadre de négociations avec les professionnels, le protocole Télémédecine, dont la naissance dans les textes officiels datait de 2010 pouvait s’appliquer.

En 2021, la dénomination de l’ensemble des pratiques « télé » à changé. C’est maintenant sous l’appellation de télésanté que se réunissent toutes les pratiques permises par le numérique.

Pour les médecins :

  • la téléconsultation : une nouvelle modalité de soin grâce à ce nouveau dispositif qui permettra à un patient de consulter pour toute pathologie, dans quelque endroit qui l’habite, un médecin généraliste ou spécialiste de son choix.
  • la télé-expertise : la concertation  de deux praticiens sur les problèmes médicaux d’un patient, sur dossier et avec conclusions écrites devient possible
  • la télé-assistance permet d’assister un médecin ou un auxiliaire médical dans l’exécution de certains gestes
  • la télésurveillance permet par des dispositifs connectés agréés de suivre des troubles fugaces (trouble du rythme) ou nécessitant une adaptation thérapeutique rapide (diabète) ou permettant de dépister une éventuelle décompensation (par exemple d’une insuffisance cardiaque..)
  • les Urgences : Samu

Mais , en complément, pour 18 professions paramédicales : le télésoin permettra toutes les pratiques n’exigeant pas l’examen physique du patient.

Ces pratiques seront évidemment encadrées, remboursées par l’Assurance-maladie et vont créer un nouveau rapport aux soins.

Pourquoi la E-santé ?

Il devient évident que la E-santé  va constituer un changement décisif dans l’organisation des soins en France comme elle l’est dans les pays occidentaux.   Il est vraisemblable que nous pourrons en attendre des gains dans l’avenir :

  • réduction de l’isolement de certains patients entravant leur accès aux soins,
  • mais aussi, possibilité d’une continuité et d’une régularité dans le suivi,
  • encouragement des patients à s’informer et à se former aux impératifs de leur traitement…
  • depuis la crise sanitaire Covid 19, la téléconsultation a permis de maintenir une continuité des soins dans une période critique
  • de ce fait, des secteurs entiers comme la médecine pénitentiaire vont profiter, pour certaines pathologies, de l’accès à des soins plus rapides
  • et ainsi de décharger, autant que faire se peut les structures très sollicitées par l’urgence

La E-santé permet des économies pour le système de santé

Si la télémédecine, à ses débuts, avait aussi pour objet de réduire le délai d’intervention sur des maladies graves (neurochirurgie, par exemple), elle a aussi , à l’heure actuelle un important volet économique :

  • la  réduction des coûts de transport, surtout à la campagne et en montagne,
  • par dessus tout, la réduction de la perte de temps médical et infirmier
  • d’autant que la pénurie médicale nous guette : Le Monde du 12 juillet 2018, titrait que 19000 postes de médecins hospitaliers étaient vacants.

Va-t-on vers un développement de la E-psychiatrie ? 

On le sait, notre spécialité est en grande difficulté. Pensons au délai d’attente, souvent de plusieurs semaines, pour obtenir une première consultation dans un centre médico-psychologique..

Avec un dispositif plus souple, plus fluide, plus ouvert,  les aberrations révélées ces derniers mois au grand public (l’attente de plusieurs jours aux urgences, sur un brancard, de patients nécessitant une consultation et un début de traitement psychiatrique) n’auraient peut-être pas eu lieu.

Dans notre pratique,  et surtout pour les équipes du secteur psychiatrique, l’isolement des patients, ou leur retrait,  dans des circonstances psychopathologiques et sociales très différentes, est un problème de tous les jours.

Dans quelle mesure, l’usage des technologies de l’information et de la communication peut-il infléchir cet état de fait?

De fait, plusieurs champs se développent :

Informations sur internet avant ou après une consultation médicale

est déjà entré dans la vie quotidienne.

  • Entre 2010 et 2014, l’Inpes dénombrait un quasi doublement de l’utilisation d’internet en santé : de 34,8 % à 68 % des personnes interrogées.
    Il s’agissait de 74 % de femmes et de 63 % d’hommes.
    En 2017 le chiffre s’élevait à plus de 70 %.
  • dans une étude allemande, 54 % des patients psychotiques ainsi que leurs familles et leurs amis auraient trouvé de l’information et de l’aide sur Internet (5)
  • Des situations favorisantes : certaines situations intensifient le recours à Internet : le fait d’être enceinte, d’être confronté à une maladie chronique, ou encore de se sentir dans un état de détresse psychologique.
  • Notez que pour le public jeune, largement équipé en smartphones, les ressources d’internet sont importantes. Ils peuvent obtenir discrètement et gratuitement les informations qu’ils recherchent en matière de de sexualité et d’addictions

L’utilisation d’applis

  • elles procurent, sur smartphone, des informations d’auto-diagnostic. De plus, elles permettent une amorce de traitement sans recours à un professionnel. Par exemple, pour des troubles fréquents: l’angoisse, les troubles de l’humeur, les troubles des conduites alimentaires.
  • Après cela, plusieurs applis proposent un suivi de ces troubles et l’utilisation par l’internaute des moyens thérapeutiques autonomes. Il peut s’agir de relaxation, de méditation, ou de médecines douces.
  • Bloom-up      Stopblues   Emoteo   Blue Buddy     Alix et moi  et beaucoup d’autres (voir Applications et objets connectés)

L’évaluation et le suivi des addictions

est un champ prometteur , surtout pour les addictions au cannabis, à  l’alcool… Citons le site Addict AidInfo Tabac Service et les applis Stop cannabis, Stop alcool,

La e-psychiatrie et e-santé : améliorer l’information et les échanges sur les médicaments

comme dans tous les domaines de la médecine, cette information, si elle est fiable, participe à une certaine éducation thérapeutique de la personne souffrante. De plus, cette information peut permettre d’enrichir et de préciser les échanges avec le médecin concerné.

Le but principal est de permettre une prise de conscience des troubles, une information et un début d’auto prise en charge.

La prévention du suicide

est aussi un véritable fléau de notre société, condensé dramatique et final de multiples motivations et circonstances qui aboutissent au passage à l’acte. Ainsi, le dispositif VigilanS développé à Lille procède par l’envoi de SMS après une hospitalisation. Des entretiens périodiques sont possibles.. Il s’agit de garder le contact et, le plus important, la conscience de l’acte passé. Les résultats sont probants.

Importance des réseaux sociaux

En ce qui concerne la pathologie mentale, c’est d’abord sur les réseaux sociaux (dans 50 % des cas) que les internautes se tournent. Ils recherchent l’information ou le vécu d’autres personnes qui ont vécu les mêmes troubles qu’eux. De plus, la diversité des approches thérapeutiques est source de curiosité. De plus, l’expérience des autres personnes ayant traversé les mêmes difficultés y est très recherchée.

Sources

  • Aimé X. Tour d’horizon de la m-psychiatrie L’Information Psychiatrique 2018.94 (1); 47-52 dci.1684/p2018.1740
  • Verpeaux Michel, De la E-psychiatrie à la M-psychiatrie, L’Information Psychiatrique 2016-6

Sur Psyway

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