Consultation d’internet en santé mentale

Que cherchent ceux qui  consultent internet en santé mentale?  Une information accessible, variée, discrète et gratuite.

Un usage grandissant d’internet en santé

Entre 2010 et 2014, l’Inpes dénombrait un quasi doublement de l’utilisation d’internet en santé : de 34,8 % à 68 % des personnes interrogées. Il s’agissait de 74 % de femmes et de 63 % d’hommes. En 2017 le chiffre s »élevait à plus de 70 %.

Des situations favorisantes

Certaines situations intensifient le recours à Internet : le fait d’être enceinte, d’être confronté à une maladie chronique, ou de se sentir dans un état de détresse psychologique.

Une information fiable en complément de la consultation

Selon le très documenté rapport Internet Santé Mentale [1]  le public n’a pas une confiance aveugle dans les contenus du Net ; il s’oriente vers les sites présentant un caractère professionnel, une touche scientifique et officielle, et une bonne lisibilité des contenus.

Le public maintient sa confiance dans le discours scientifique médical et dans la figure du médecin qui représente celui-ci.

Il s’agit d’une recherche d’information complémentaire plutôt que contradictoire, le médecin restant l’interlocuteur de référence

La confiance dans les professionnels de santé

En consultant internet à propos de leur santé, les patients ne veulent pas court-circuiter la consultation médicale ni contrôler l’exactitude d’un diagnostic. Surtout, ils viennent préparer une consultation, ou, après celle-ci comprendre mieux les informations données par le médecin. Mais aussi, mieux comprendre sa maladie et sa « gestion ». C’est un prolongement, un développement de la consultation.

Ils viennent aussi vérifier si les examens nécessaires ont été bien réalisés et quelles sont les perspectives de la recherche scientifique sur le problème qui les concerne. Ces informations viennent s’articuler avec la consultation et non la concurrencer. Le médecin reste l’interlocuteur de référence. Majoritairement, la confiance reste au discours médical et scientifique. « Le Web a en réalité plus tendance à envoyer les personnes chez leur médecin, notamment pour discuter de ce qu’ils ont découvert, que de se substituer à la consultation médicale [3]».

Pour le public jeune

largement équipé en smartphones, les ressources d’internet sont importantes pour les informations qu’ils peuvent obtenir  discrètement à propos de la sexualité et des addictions. Cependant, la gratuité des informations a aussi son importance.

La détresse psychologique

En matière de santé mentale, les personnes qui consultent Internet sont souvent celles qui sont dans un état de détresse psychologique ou chez lesquelles la dépression et l’anxiété se chronicisent.

Pour les personnes psychotiques

54 % des patients psychotiques ainsi que leurs familles et leurs amis ont trouvé de l’information et de l’aide sur Internet [5]. Beaucoup de patients schizophrènes cherchent des éléments de compréhension de leurs expériences psychotiques comme les idées délirantes, les hallucinations, mais aussi les effets secondaires de leur traitement psychotrope.

Les patients suivis en psychiatrie ont souvent besoin d’être rassurés sur leur médication… Ils utilisent plus souvent Internet comme source d’information sur les médicaments que les patients sans troubles mentaux.

Une étude menée dans un hôpital universitaire allemand auprès de patients hospitalisés en psychiatrie montre :

  • qu’une majorité de ceux-ci utilise Internet pour s’informer sur la santé mentale (70,9 %)
  • plus particulièrement pour trouver de l’information sur leur trouble (57,8 %)
  • et sur les médicaments qu’ils prennent (43,7 %).  Les patients suivis en psychiatrie ont besoin d’être rassuré sur leur traitement. C’est probablement pourquoi ils utilisent plus souvent Internet comme source d’informations sur les médicaments que les autres patients. Mais cette recherche d’information peut dans certains cas les pousser à arrêter leurs médicaments sans en parler avec le médecin. Cependant, il est connu que la compliance thérapeutique est en moyenne moins bonne chez les patients qui suivent un traitement psychiatrique.

Importance des réseaux sociaux

En ce qui concerne la pathologie mentale, c’est d’abord sur les réseaux sociaux (dans 50 % des cas) que les internautes recherchent l’information ou le vécu d’autres personnes qui ont vécu les mêmes troubles qu’eux. La diversité des approches thérapeutiques est source de curiosité. De plus, l’expérience des autres personnes ayant traversé les mêmes difficultés est très recherchée sur les réseaux sociaux. Les pathologies encore mal connues comme la Fibromyalgie ou le Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité attirent beaucoup d’internautes. La consultation des sites Internet vient ensuite.

Références

[1] Minotte P., Internet santé mentale – Note N°3 de l’Observatoire « Vies numériques » du Centre de référence en Santé Mentale, novembre 2018. Ce rapport fait aussi état de nombreuses études internationales.

[3] Solidaris (2017), l’information santé en Belgique francophone : état des lieux, attentes de la population et impact d’Internet, Institut Solidaris.

[5] National Alliance on mental Illness, cité par Minotte P., p10

Voir aussi

Les usages du numérique par les publics fragiles : levier au frein pour l’accès au droit – Plate-forme de l’observation sanitaire et sociale–Auvergne–Rhône–Alpes–décembre 2018

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