Pour le télésoin en psychiatrie

TélésoinAvec le télésoin, c’est une nouvelle modalité de soin, par vidéo transmission qui se propose pour les auxiliaires médicaux. Comment la psychiatrie va-t-elle s’en saisir ?

Origine : Canada

Ce pays est un pionnier en matière d’innovation en santé. Comme l’indique le Dr Pierre Simon, au Canada, la pratique du télésoin est extrêmement étendue : surveiller l’état de santé d’un patient à domicile, orienter un patient, lui donner des renseignements sur sa maladie et sur ses examens de laboratoire, évaluer une situation clinique en utilisant des questionnaires ou des protocoles normalisés, enfin aider des personnes en situation de détresse etc.

En 2018 dans « Ma santé 2022 »

Le gouvernement se base sur le constat d’une importante déficience  de l’offre de soins résultant de la baisse des effectifs médicaux, de l’isolement  géographique et de la difficulté de déplacement de nombreuses personnes :

Ainsi, dans une première esquisse, les auxiliaires médicaux qui pourraient pratiquer le télésoin sont :

  • Le pharmacien qui assiste un patient lors d’une téléconsultation avec son médecin
  • Les orthophonistes et les orthoptistes qui proposeraient des séances de rééducation
  • Les kinesithérapeutes
  • Les infirmiers (e), qui pourront « accompagner les patients pour les effets secondaires des chimiothérapies orales ».

Effets de la pandémie Covid 19

Devant la baisse de fréquentation des consultations, les pouvoirs publics ont proposé une utilisation beaucoup plus large du télésoin.

D’abord pour les personnes atteintes du Coronavírus et vivant à leur à domicile :

  • le télésoin infirmier se réalise par n’importe quel moyen de vidéotransmission, éventuellement par téléphone si le patient ne dispose pas du matériel de communication nécessaire.
  • très important, il est pris en charge intégralement par l’Assurance Maladie.

Cependant, les conditions du télésoin se précisent dans la doctrine de la HAS.

  • le télésoin est réalisé par vidéo transmission
  • dans un local adapté permettant de respecter la confidentialité
  • pour un patient en capacité de communiquer à distance et d’utiliser les outils nécessaires au télésoin
  • le patient peut être accompagné par un professionnel un proche ou un aidant
  • pour les mineurs, la présence des parents est nécessaire.

Des recommandations pratiques :

  • des conditions techniques suffisantes : qualité du son et de l’image, luminosité
  • on évitera de tourner le dos au patient et de sortir du champ de la caméra
  • on s’assurera de la bonne compréhension
  • il est essentiel de favoriser l’expression du patient et de ses proches
  • en dernier recours, les professionnels pourront utiliser le téléphone.

Et pour la psychiatrie ?

Un article du Monde du 11 juillet 2020 évoquait le chiffre de 10% des patients « perdus de vue » pendant la pandémie Covid 19.  Au sortir du confinement, « il y a énormément de demandes, soit parce que les gens ont arrêté leurs soins, soit parce qu’ils n’en ont pas reçu ».

Il est notable que pendant le confinement, les équipes de soins ont largement pratiqué le suivi téléphonique de leurs patients. Ils ont probablement ainsi, limité le nombre de « perdus de vue ».

Ceux d’entre nous qui ont continué des suivis psychiatriques et psychothérapeutiques par visioconférence ces derniers mois ont été frappés par le temps passé à parler de l’incidence personnelle ou collective de l’épidémie et du confinement. C’est pourquoi nous pensons qu’il s’est ainsi réalisé un travail de prévention des effets  traumatiques de cette situation de crise.

Questions pour l’avenir

Malgré ce constat, des réserves fortes sont émises par les associations professionnelles qui craignent une nouvelle diminution de leurs effectifs soignants. Nous pensons qu’en France, la tradition clinique de la relation humaine directe, personnelle, avec les patients est profondément ancrée et que le télésoin ne présente pas de danger de dérive vers une pratique technicisée voire déshumanisée.

Perspectives thérapeutiques

Ainsi, on peut imaginer toute l’aide que peut apporter par vidéotransmission, un(e) infirmière expérimentée en psychiatrie à un(e) patient(e) en difficulté à son domicile :

  • évaluation quotidienne de son état psychique et de la nécessité d’intervention
  • suivi d’un état de crise
  • adaptation au jour le jour du traitement médicamenteux
  • suivi de la période post-hospitalisation
  • préparation d’une hospitalisation
  • patient isolé venant difficilement à la consultation
  • apport d’éléments d’éducation thérapeutique.
  • prévention de la rechute et la ré-hospitalisation
  • facilitation de l’accès aux soins
  • coordination des rendez-vous médicaux et paramédicaux

Cette forme de soins à distance nous paraît potentiellement très riche. D’autant que le patient en soins psychiatriques peut avoir des difficultés de contact, de déplacement et d’auto évaluation de son état physique et mental.

Avec cette formule souple, de nouvelles ouverture cliniques et thérapeutiques pourraient enrichir le suivi des patients et le sécuriser, sans exiger une transformation profonde des pratiques soignantes. On peut aussi entrevoir une économie de temps soignant qui pourrait être utilisé pour d’autres tâches.

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