Le numérique, un nouvel atout pour la santé mentale ?

Une étude de l’Institut Sapiens attire notre attention sur l’importance que devrait prendre le numérique dans les soins de santé mentale, très largement sous-estimée voire méconnue en France.

Numérique et santé mentale ont certainement un chemin à faire ensemble. Si la vision de l’auteur est essentiellement entrepreneuriale et économique, la reprise d’éléments objectifs et de rappels sur ce sujet est utile. Depuis 2018, de son côté, psyway.fr cherche à attirer l’attention des professionnels sur ce thème. Le boom de la téléconsultation lors de l’épidémie Covid est un indice important des possibilités latentes du numérique. L’auteur de cette étude, Erwann Tison est le Directeur des études de l’Institut Sapiens.

Numérique et santé mentale : sur quel terrain les concilier ?

Le numérique et la santé mentale : comment les rendre compatibles alors qu’à première vue ce sont des champs tout à fait hétérogènes ?  Voire même en apparente contradiction si on pense aux effets délétères de l’utilisation excessive des écrans. Mais aussi au risque de déshumanisation ressenti par nombre de professionnels quand est posée la question du numérique et de son apport possible dans les pratiques de soins.

La psychiatrie est le premier poste de dépenses de santé

Ce texte démarre sur un terrain solide : l’énorme poids économique de la psychiatrie dans les dépenses de santé :

  • 23 milliards d’euros de dépenses pour l’Assurance maladie
  • qui  se décomposent en 16 milliards pour les soins aux maladies psychiatriques et 7 milliards pour les traitements psychotropes.
  • c’est plus que le coût des cancers (18 milliards d’euros) et des maladies cardio-vasculaires (13,4 millions d’euros)
  • c’est la première cause d’arrêt maladie de longue durée et la première cause d’invalidité
  • les répercussions sont importantes sur les aidants et les familles mais difficiles à évaluer
  • cependant, l’évolution des dépenses consenties pour la psychiatrie va en sens inverse de ces évidences. En effet, son financement depuis 2008 n’a cessé de s’amenuiser. Les sommes allouées ont augmenté moins que l’inflation et deux fois moins que  l’Ondam.

Dans quelles directions déployer les efforts pour faire fructifier les rapports entre numérique et santé mentale ?

  • Augmenter le poids de la recherche en santé mentale, parente pauvre pour la France. Tandis que l’Espagne et le Royaume-Uni font 2 fois mieux. La Finlande : 3 fois et les USA : 5 fois.
  • Améliorer la prévention car chaque patient atteint de troubles psychiatriques voit son espérance de vie réduite de 10 à 20 ans par rapport à la population générale. En raison aussi d’un déficit d’accès aux soins, et d’un taux élevé de suicide. Le rapport rejoint et cite le mouvement Psyway-ARI2P.
  • Augmenter le recours aux outils numériques

Qu’est-ce que le numérique apporte à la santé mentale ?

La consultation psychiatrique et le recours aux professionnels seraient comme prisonniers des conditions de leur exercice et de l’histoire de leur constitution. Tandis que le numérique favoriserait l’apparition d’un nouveau type d’aide, dans de nouvelles coordonnées temporelles et spatiales et dans un nouveau rapport avec l’échange thérapeutique. Ces positions sont largement développées en France  par Xavier Briffault et Margot Morgiève (EHESS).

  • L’espacement excessif des rencontres : les troubles surviennent et font sentir leur poids dans l’espace qui sépare les consultations. Les troubles sont racontés aux thérapeutes mais peu observables par eux. Ils sont repris dans un récit associant remémoration et ré-élaboration ce qui est tout à fait favorable aux associations d’idées porteuses de sens psychique, dans une vision psychanalytique. Mais certains signes cliniques d’accompagnement se sont déjà estompés depuis longtemps quand ils font l’objet de la narration inhérente à la consultation médicale.
  • Une part du potentiel thérapeutique ne s’exerce pas car les manifestations végétatives parfois intenses qui accompagnent le trouble sont transitoires. Ainsi des  troubles respiratoires, accélération des battements cardiaques, motilité gastro-intestinale, troubles de conscience (malaise général, sensation d’évanouissement, de perte du contrôle de soi, envahissement par l’angoisse..). Mais ces manifestations sont aussi porteuses d’insécurité majeure.  Les techniques comportementales et cognitives sont en phase avec un apaisement de ces manifestations. Ainsi qu’à une prise de distance subjective par rapport au trouble. Dans une certaine mesure, ces techniques peuvent contribuer à un apaisement rapide de la personne souffrante qui peut reprendre le cours de son action.
  • Autre exemple, l’usage d’une appli, pourrait apporter une aide instantanée à tout moment. Ainsi un soutien psychologique extérieur, en toute circonstance, serait à la disposition du sujet. De plus, le repérage et l’historique de la survenue des troubles, notés dans une appli, fabriquent un support utile à la consultation ultérieure (Mon suivi psy)
  • L’auteur évoque d’autres dimensions de la santé mentale : améliorer la prévention, déployer une approche innovante de la détection, faciliter l’accès aux soins et au « pouvoir d’agir », faire baisser le coût de l’accompagnement thérapeutique, améliorer le suivi des patients.. Mais aussi, peut-être, réduire la consommation de psychotropes.

Quelles solutions technologiques accessibles actuellement ?

L’auteur cite quelques applis bien connues que nous avons signalées :

  • Mon Sherpa   est une appli récente, développée par le groupe Quare. Elle se présente comme un guide vers le mieux-être. Elle vise surtout les pathologies les plus fréquentes : l’anxiété, le stress, la dépression, les troubles du sommeil, les problèmes relationnels ou d’estime de soi. Ce sont des professionnels de la psychiatrie qui rédigent les textes. Le premier abord se fait par un robot conversationnel (chatbot). En fonction des éléments indiqués par utilisateur, l’appli propose des  exercices issus des techniques de thérapie cognitive et comportementale.
  • PetitBambou, appli très connue qui initie à la méditation et propose aussi des exercices respiratoires. Sur ce plan, l’éventail est étroit et vous serez mieux informés en consultant les pages que psyway.fr réserve aux applis et objets connectés.

D’autres solutions utilisant le numérique :

La Santé Mentale dans le monde du travail

Plus original est l’intérêt de l’auteur pour la prévention du malaise personnel ou collectif dans le monde du travail via des plates-formes et des entreprises comme :

  • Tricky , OpenMind Neurotechnologies, visant, par des jeux en ligne à développer les compétences en entreprise (« gamification »).
  • à gérer le stress, à améliorer « l’épanouissement au travail », les engagements des collaborateurs et la performance collective ».
  • ou à prévenir l’épuisement, voire l’effondrement professionnel : Mind Day, Mood Work, Wittyfit..

 

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