Psychotraumatisme, traumatisme psychique : quelle violence faite au psychisme ?

violence et traumatisme psychique

La violence subie ou simplement aperçue est au cœur de la notion psychiatrique de traumatisme psychique, ou psychotraumatisme.

 

La confrontation à une situation  violente, la peur pour sa propre vie, une menace pour son intégrité ou celle d’un proche, peuvent provoquer un traumatisme psychique, un psychotraumatisme. Autrement dit une perturbation aiguë ou durable, plus ou moins intense, de l’équilibre psychique. Les classifications psychiatriques ont intégré seulement en 1980 les troubles liés à des évènements traumatiques, avec la notion d’état de stress post traumatique (ESPT).

Mais l’existence de troubles psychiques d’origine émotionnelle était connue depuis longtemps

On les avait décrits notamment lors de la première guerre mondiale. En effet, de nombreux soldats présentaient  des états de confusion, des paralysies, des mouvements anormaux, parfois très intenses et durables. Mais on n’a admis qu’avec difficulté que ces troubles ne résultaient pas de lésions organiques du cerveau, ni de troubles psychiques antérieurs à la guerre. Qu’il ne servait à rien de punir ces malheureux, car les troubles n’étaient pas non plus de la simulation ou des manifestations d’insubordination. L’horreur des combats, la vision de l’atrocité, la souffrance morale, la peur extrême étaient en cause.

Névrose de guerre, névrose d’effroi, état de stress post traumatique

Ainsi, on a nommé névroses de guerre, névrose d’effroi ces troubles que nous venons d’évoquer. Puis les psychiatres américains les ont rencontrés plus tard en grand nombre chez les vétérans des guerres de Corée et surtout du Viet Nam.

Ces psychiatres ont décrit l’état de stress pst traumatique (ESPT). Mais les désordres psychiques d’origine traumatique sont beaucoup plus larges, rejoignant par certains côtés les analyses de Freud sur l’impact des évènements traumatiques vécus dans l’enfance (1880-1900). Freud avait également analysé les « névroses de guerre » en 1920. montrant qu’elles étaient une tentative de l’organisme psychique pour apprivoiser un évènement inassimilable.

Sous le terme psychotraumatisme, on décrit aujourd’hui l’apparition, dans les suites d’une situation traumatique

  • D’une part divers états aigus, qui régressent en général assez rapidement
  • Et d’autre part l’état de stress post-traumatique proprement dit. Celui-ci s’installe plus tardivement, quelques semaines ou mois après l’évènement traumatique
  • Mais les signes de l’état de stress post-traumatique, qui sont typiques et bien reconnaissables, ne doivent pas faire ignorer les multiples troubles psychiques plus atypiques auxquelles les situations traumatiques « contribuent de façon importante » 
    • Ainsi, l’OMS énumère les comportements à risque ou suicidaires, les difficultés sexuelles, les maladies sexuellement transmissibles et les grossesses non désirées. L’OMS associe également ces troubles à différentes maladies somatiques (cancer, maladie cardio-vasculaire, diabète, hépatite ou autre maladie chronique)
    • En outre, l’EPST « pur » dont nous allons maintenant détailler les symptômes s’accompagne ou se complique souvent de troubles de l’attention, de fatigue, de troubles du sommeil, de troubles anxieux, dépressifs, d’addictions, de désorganisation de la vie familiale et sociale. Dans certains cas, la personnalité en semble durablement modifiée

Les symptômes typiques de l’EPST sont très précis, durables et parfois très invalidants

Les éléments fondamentaux sont la reviviscence, la répétition, et l’évitement. En effet, tout se passe comme si la violence traumatique était toujours là, présente, actuelle. Elle est revécue la nuit, dans des rêves ou des cauchemars. Et le jour ce sont des souvenirs envahissants, des ruminations, des flash-backs angoissants et douloureux qui la rappellent. La personne cherche à éviter toutes les situations qui rappellent l’évènement (lieux, images de films, sons, vêtements) ; ainsi, l’inquiétude, l’hypervigilance, la méfiance, l’irritabilité sont fréquentes. Conséquence de ce combat pour se protéger, la personne risque de délaisser ses autres intérêts.

Quant aux évènements traumatiques, on sait aujourd’hui que de nombreuses situations peuvent provoquer des symptômes divers, avec ou sans les signes typiques de l’ESPT

  • On pense immédiatement aux attentats terroristes dans notre pays.

Citons également

  • Les catastrophes naturelles
  • Les accidents ou les maladies graves de toutes sortes
  • La mort brutale d’un proche
  • Les situations de menace, les agressions de toutes sortes, publiques ou privées

Mais surtout, on insiste particulièrement aujourd’hui sur plusieurs situations à très haut risque de séquelles traumatiques.

A la différence des situations précédentes, les violences y sont régulières, répétées ou prolongées. Elles sont souvent évidentes pour peu que l’on y prête attention, voire très connues et négligées. Elles peuvent au contraire être secrètes ou dissimulées. Citons

  • Enfants maltraités, abusés ou négligés par des personnes qui devraient les protéger
  • Femmes humiliées ou blessées par un partenaire aimé ou admiré
  • Maltraitances ou négligences vis-à-vis de personnes vulnérables, notamment dans les soins
  • Jeunes intimidés ou persécutés par leurs camarades, notamment sur les réseaux sociaux
  • Citons également la souffrance au travail, le harcèlement professionnel. En effet, ces situations engendrent assez souvent des symptômes psychiques marqués et durables très proches de l’ESPT

Dans ces situations, pourquoi l’évènement a-t-il un caractère violent pour le psychisme ?

  • Parce qu’il est inattendu, imprévisible, immaîtrisable et déconcertant pour celui qui le subit
  • Parce qu’il est qu’il est incompréhensible ou sidérant du fait de l’âge ou de la situation.  Il peut difficilement être raconté, il n’y a pas « de mots pour le dire »
  • Souvent en outre il est vécu dans la solitude, le silence, du fait d’un chantage, de l’incompréhension de l’entourage ou du corps social. Du fait également de la culpabilité ou de la honte

En définitive, toutes ces situations traumatiques

  • Ébranlent profondément la confiance dans la fiabilité du monde extérieur
  • Ébranlent la confiance en ses propres forces pour maîtriser les évènements que la réalité impose

Toutes les situations que nous venons d’évoquer montrent la trahison de liens affectifs et sociaux essentiels. Elles attaquent la confiance ou la familiarité suffisantes qui fondent les relations d’une personne avec les personnes et avec le monde qui l’entoure.

Un débat important concerne le rôle exact des évènements traumatisants

Sont-ils responsables des troubles psychiques observés ? Ou bien viennent-ils seulement révéler une « vulnérabilité » préexistante ? Et dans ce dernier cas, quelle est la nature de cette vulnérabilité ?

La notion de victime a pris une grande importance dans les débats sociétaux, et dans nos consultations. On insiste aujourd’hui sur la nécessité d’être attentif aux situations à risque traumatique. Et d’en reconnaître l’impact lorsqu’elles surviennent. Cela est très important les éviter ou pour mettre en œuvre une prévention précoce, et pour apaiser la souffrance psychique lorsqu’elle survient.

 Un effort de prévention des traumatismes psychiques

Une attention, un soin particulier sont indispensables quand une personne vit une situation à risque traumatique

La société a fait ces dernières années un effort de prévention avec les « cellules de crise » ou les « lignes d’écoute ». Elles existent pour de multiples situations que nous avons évoquées (attentats, violences conjugales ou sur enfants…) Le maintien de liens (téléphone, téléconsultation, SMS…) a eu cet effet préventif dans le cadre de l’épidémie à Covid-19. Les mesures concrètes destinées à ne pas subir passivement ces évènements, à les combattre, individuellement ou collectivement, sont largement diffusées. Les conséquences psychiques potentielles sont mieux expliquées et prises en compte.

Souvent, le psychotraumatisme nécessite un suivi individuel

Il est essentiel de pouvoir parler à quelqu’un de l’impact émotionnel d’un événement traumatique.  Cela est bien connu aujourd’hui. Dans le langage psychanalytique, on dit « abréagir » et « élaborer » l’impact de ce traumatisme. Il s’agit de ne pas rester seul avec cette souffrance psychique, de trouver des mots pour canaliser les émotions et les images qui font effraction dans la mémoire. Trouver de nouveaux mots, partager une relation confiante avec un « écoutant » crée une distance, réduisent la violence du souvenir traumatique. Parfois, on peut comprendre comment s’est constitué une vulnérabilité ou une sensibilité au traumatisme. Un psychothérapeute, un psychologue, un psychiatre peuvent être nécessaires. Parfois des médicaments, différentes mesures d’accompagnement.

L’existence de pathologies psychiques  d’origine traumatique montre l’importance fondamentale d’un équilibre suffisamment bon entre l’être humain et les événements qu’il vit, les milieux qui l’entourent, à tous les âges de la vie.

 Pour mieux connaître l’ESPT

L’état de stress post traumatique (ESPT) se nomme pour les anglophones PTSD (Post Traumatic Syndrome Disorder).

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