Prévenir les rechutes en psychiatrie : la recherche de l’ARI2P

La prévention des rechutes en psychiatrie constitue un enjeu d’importance. Sont concernées les personnes souffrantes mais aussi les équipes de soins et les proches. Car les conséquences des rechutes sont multiples. L’utilisation d’outils numériques constitue une aide complémentaire aux soins pratiqués, pour les patients aussi bien que pour les aidants.

Le projet de recherche ARI2P –

L’association ARI2P, en partenariat avec des établissements de santé  et associée à l’UNAFAM, à la FNAPSY et à Santé Mentale France, entend expérimenter un dispositif innovant de prévention des rechutes pour des sortants d’hospitalisation (projet Psyway) dans le cadre du Fonds d’innovation en psychiatrie.

L’importance  des rechutes en psychiatrie en quelques chiffres :

  • Des études portant sur les rechutes des personne souffrant de troubles psychiatriques sévères considèrent que 50% des patients hospitalisés pour des troubles psychotiques présentent un nouvel épisode dans les 2 ans ;
  • A l’hôpital de Saint-Maurice (GHT 94 Nord), en 2018, à un jour donné, 45% des séjours de patients correspondaient à une ré-hospitalisation
  • A l’hôpital L’eau-Vive de Soisy-sur-Seine (ASM 13-Paris), en 2018, pour 177 patients ayant fait l’objet d’une première hospitalisation, 310 ré-hospitalisations non programmées ont eu lieu dans un délai moyen de 50 jours ;
  • De manière plus générale, 2/3 des proches interrogés déclarent que la rechute du patient se termine à chaque fois par une hospitalisation, contre seulement 5 % qui pensent que le patient n’est jamais hospitalisé lors d’une rechute.

On considère généralement qu’après un premier épisode psychotique :

  • plus d’1 patient sur 2 rechute dans l’année
  • 8 patients sur 10 rechutent dans les deux ans

Quels sont les facteurs favorisant la rechute ? Quelles en sont les conséquences ?

Les facteurs favorisant la rechute sont bien repérés  :

  • les interruptions de traitement médicamenteux
  • le défaut de planification des soins post-hospitalisation
  • la rareté des contacts avec l’équipe soignante
  • le peu d’interactions entre l’équipe soignante, le patient et son entourage
  • la consommation de toxiques, notamment de cannabis

La rechute a de multiples conséquences humaines, sociales, familiales (suicides, accidents, violences…) professionnelles, financières, etc. De plus, une conséquence majeure est la fréquence des hospitalisations en soins sous contrainte.

Enfin, du point de vue de l’économie de la santé, on observe que  la non-observance et les rechutes en psychiatrie multiplient par 2 à 4 les coûts d’hospitalisation. Ainsi, ces hospitalisations représentent un reste à charge important pour les personnes, compte tenu des durées de séjour.

Dans le contexte actuel de crise de la psychiatrie (réduction régulière de moyens, manque de médecins et d’infirmiers), une politique active de prévention de ces hospitalisations pourrait soulager le système de soin.  L’encombrement des services pourrait diminuer. Les tensions dues à la sur-occupation des lits diminueraient aussi. Notons que les équipes extra-hospitalières se trouvent aussi en difficulté pour intervenir à temps avant que la crise ne soit explosive.

Afin de diminuer le nombre de rechutes, le projet de recherche Psyway soutient l’utilisation d’outils numériques

Le projet Psyway porte sur l’utilisation d’outils numériques en complément des soins existants. Ce projet permettrait en effet de limiter les crises et leurs conséquences par un repérage précoce de signaux discrets. Et cela notamment auprès de sortants d’hospitalisation qui connaissent une situation de grande fragilité.

La démarche que nous préconisons est donc de repérer les signes discrets pouvant annoncer une rechute. Et ceci, avant que la personne ne se trouve envahie par la maladie, puis soumise à une obligation de soins.

Les  signaux observables à distance sont  :

Quels outils numériques pour prévenir les rechutes et comment les utiliser ?

  • L’usage d’une montre connectée au smartphone

La surveillance de l’évolution de ces données via une montre connectée au smartphone qui les enregistre et les télétransmet. Cette télésurveillance permet le recueil et l’analyse des données fournies quotidiennement par la montre.

  • Une équipe référente dédiée

Elle  repose sur une équipe soignante référente : infirmier – médecin. Cette équipe  analyse l’évolution des données transmises par chaque patient. Elle propose aussi une guidance via des vidéo-consultations programmées dès la sortie du patient avec l’équipe.

  • Un lien permanent équipe référente – équipe soignante

Bien sûr le succès d’un tel dispositif reposera sur  la construction d’un lien permanent avec l’équipe et le médecin traitant habituel ainsi qu’avec les aidants. Ce lien permettra d’organiser rapidement une intervention en cas d’alerte à un moment où la personne n’est pas encore envahie par ses troubles.

  • La validation de ce dispositif

Nous partons de l’hypothèse que la mise en œuvre de ce type de dispositif devrait réduire significativement les rechutes entrainant une ré-hospitalisation. Cette expérimentation devrait permettre de la valider.

En conclusion, les avantages attendus de l’utilisation des outils numériques sont :

  • Une libération du temps de médecin psychiatre par le déploiement du télésoin par un infirmier référent ;
  • Un renforcement de la coordination des soins ;
  • Une limitation du recours à l’hospitalisation et aux soins sous contrainte;
  • Une réduction des tensions et de la sur-occupation des services ;
  • Un renforcement de la démarche d’empowerment pour le patient auto-observant les signes de la rechute. Ce patient permet aussi l’observation par autrui de son évolution clinique.
close

NEWSLETTER

Inscrivez-vous à notre newsletter pour rester informé de l'actualité de la e-psychiatrie

Donnez votre avis