Quel usage du télésoin en psychiatrie ?

Le télésoin est une nouvelle modalité de soin, par vidéo transmission autorisée aux auxiliaires médicaux. Comment la psychiatrie va-t-elle s’en saisir ?

Origine du télésoin : le Canada où la pratique du télésoin est extrêmement étendue

Dès 2018 dans « Ma santé 2022 », le gouvernement se basait sur le constat d’une importante déficience  de l’offre de soins : baisse des effectifs médicaux, isolement  géographique, difficulté de déplacement de nombreuses personnes. Au départ, les auxiliaires médicaux pouvant pratiquer le télésoin sont les pharmaciens qui assistent un patient lors d’une téléconsultation. Mais aussi les orthophonistes, les orthoptistes, les kinésithérapeutes  qui proposeraient des séances de rééducation. Enfin, les infirmiers (e), qui peuvent « accompagner les patients pour les effets secondaires des chimiothérapies orales ».

Du fait de la pandémie Covid 19, le télésoin remboursable s’étend à 18 professions paramédicales

En effet, on a constaté la baisse inquiétante de fréquentation des consultations pendant la première vague. Dorénavant, les pouvoirs publics proposent une utilisation beaucoup plus large du télésoin.  » aucune situation de soins ne peut être exclue, a priori, du télésoin à l’exception des soins nécessitant un contact direct en présentiel avec le patient ou un équipement spécifique, non disponible auprès du patient ».

Les conditions du télésoin se précisent dans la doctrine de la HAS.

  • le télésoin se réalise par vidéo transmission, mais éventuellement par téléphone si le patient ne dispose pas du matériel de communication nécessaire.
  • en second lieu, dans un local permettant de respecter la confidentialité et dans des plages horaires fixes
  • dans des conditions techniques suffisantes : qualité du son et de l’image, luminosité
  • pour un patient en capacité de communiquer à distance et d’utiliser les outils nécessaires au télésoin
  • un professionnel ou un proche ou un aidant pourra accompagner le patient car il est essentiel de favoriser son expression et celle de ses proches. Pour les mineurs, la présence des parents est nécessaire.
  • on évitera de tourner le dos au patient et de sortir du champ de la caméra
  • on s’assurera de sa bonne compréhension et de son consentement
  • notez que la réglementation est la même que celle régissant les soins en présentiel : respect de la déontologie et de la confidentialité

La sécurité des échanges

  • matériel sécurisé répondant au RGPD, messagerie sécurité sécurisée de santé ou via une plate-forme d’échanges sécurisée
  • de plus, utilisation si possible du Dossier Médical Partagé

Le télésoin en psychiatrie

Un article du Monde du 11 juillet 2020 évoquait le chiffre de 10% des patients « perdus de vue » pendant la pandémie Covid 19.  Au sortir du confinement, « il y a énormément de demandes, soit parce que les gens ont arrêté leurs soins, soit parce qu’ils n’en ont pas reçu ». Pendant le premier confinement, les équipes de soins ont largement pratiqué le suivi téléphonique de leurs patients. Ainsi, ils ont probablement limité le nombre de « perdus de vue ». Permettant aux patents de parler de l’incidence personnelle ou collective de l’épidémie et du confinement, ils ont réalisé un travail de prévention des effets  traumatiques de la crise.

Malgré ce constat, des réserves fortes sont émises par les associations professionnelles qui craignent une nouvelle diminution de leurs effectifs soignants. Mais aussi une déshumanisation des soins. Nous pensons qu’en France, la tradition clinique de la relation humaine directe, personnelle, avec les patients est profondément ancrée et que le télésoin ne présente pas de danger de dérive vers une pratique technicisée voire déshumanisée.

Perspectives thérapeutiques

Imaginons toute l’aide que peut apporter par vidéotransmission, un(e) infirmière expérimentée en psychiatrie. Ou un (e) ergothérapeute à un(e) patient(e) en difficulté à son domicile :

  • évaluation quotidienne de son état psychique et de la nécessité d’intervention
  • adaptation au jour le jour du traitement médicamenteux
  • suivi de la période post-hospitalisation ou préparation d’une future hospitalisation
  • contact avec un patient isolé venant difficilement à la consultation
  • apport d’éléments d’éducation thérapeutique.
  • prévention de la rechute et la ré-hospitalisation

Cette forme de soins à distance nous paraît potentiellement très riche. D’autant que le patient en soins psychiatriques peut avoir des difficultés de contact, de déplacement et d’auto évaluation de son état physique et mental.

Avec cette formule souple, de nouvelles ouverture cliniques et thérapeutiques pourraient enrichir le suivi des patients et le sécuriser. Cela ne devrait pas exiger une transformation profonde des pratiques soignantes. On peut aussi entrevoir une économie de temps soignant à utiliser pour d’autres tâches.

Qualité et sécurité du télésoin : bonnes pratiques pour la mise en œuvre du télésoin (HAS–18 février 2021)

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