Un moi en danger : Julien (2)

psychothérapie, méditation, julien   … Afin de protéger ce moi en danger, il faut d’abord trouver le moyen de relever le niveau de conscience afin d’être moins ballotté au gré des courants souterrains et imprévisibles de la fantasmagorie et de la sexualité.

Se faire un peu violence pour se concentrer, prendre du recul

Julien observe, note, écrit.

Julien se fait un peu violence pour atteindre son objectif d’écriture, et de ce fait il entre dans une concentration qui s’intensifie progressivement.

Julien comprend de mieux en mieux que la conscience de soi n’existe que si notre moi n’est pas hypnotisé par les pensées/émotions.

Il devine que l’état de conscience est le bien le plus précieux de nos vies… C’est un des avantages décisifs – avec le langage élaboré- de l’humanité sur l’animalité. Plus le langage est élaboré, plus la préhension des phénomènes mentaux est possible.

Le langage élaboré, c’est la main efficace qui permet à l’artisan de faire.

Retrouver l’observation,

Observer les forces incontrôlables qui faisaient ou font encore parfois irruption comme des obus dans la conscience.

Puis observer les forces devenues plus faibles et contrôlables du fait de l’activité mentale dirigée.

Se concentrer, observer, décrire  les envies, les émotions, les angoisses, les joies !

Julien fait « comme si » il était dans la peau d’une espèce de pseudo chercheur scientifique (car ce fut un peu son fantasme d’être un scientifique). « Si le fantasme de la recherche est utile, alors laissons-le opérer » se dit t-il !

Aujourd’hui il a donc enfin son propre labo: c’est son propre cerveau… Et celui-ci est toujours là, à demeure…super! Nul besoin d’horaires, de salaire, de vacances, de passe navigo pour aller à  son travail.

Julien comprends peu à peu qu’une obsession – fût elle agréable –  peut mener beaucoup plus sûrement à l’enfer qu’au paradis.

Sortir des divagations, du vagabondage mental

En se concentrant, en observant, en s’observant, Julien ressent qu’il y a beaucoup d’inconvénients à stagner dans les imaginations, à flotter dans les constructions mentales chimériques… Car c’est une déconnexion par rapport au présent, à l’environnement, à autrui.

C’est un accès barré à la compréhension, à la complexité.

Lors de ses divagations Julien constate que sa pensée devient alors incontrôlable, dispersée, irréelle, comme enfouie dans un brouillard diffus générateur de plaisir et en même temps générateur de mal être, de dépossession de soi et d’isolement.

Retrouver de la bienveillance

Pour s’échapper de l’enfer, Julien se rend compte que la sortie s’appelle travailler, se concentrer, méditer, observer, et ce en le faisant d’une manière toujours non violente. Il ne faut surtout pas produire une trop forte tension interne dans son psychisme, psychisme qui pourtant, fait souffrir inutilement et dont il voudrait se venger.

Il faut aussi s’orienter vers la bienveillance, bienveillance pour sa personne, son corps, ceux qui nous ont fait souffrir, aimer tout le monde, les animaux, les végétaux, la planète, l’univers qui nous a créés, que ce soit par mille hasards ou bien qu’il existe une volonté indicible bâtisseuse, peu importe les croyances! L’attitude bienveillante est salvatrice.

Etre bienveillant, c’est générer de l’équilibre et de la cohérence dans son psychisme.

Etre bienveillant, l’expérience montre que c’est très bon pour la santé, et ce n’est déjà pas si mal..

Etre frustré, jaloux, en vagabondage mental excessif, c’est très mauvais pour la santé.

Les solutions deviennent pour lui de plus en plus claires :

Julien sait aussi, par expérience, que l’on ne peut penser qu’à une seule chose à la fois, c’est un inconvénient parfois mais c’est surtout un avantage lorsqu’un esprit très occupé laisse ainsi moins de place pour la divaguerie génératrice de vide et d’échec!

Travailler, essayer de comprendre, se concentrer, observer, être bienveillant d’abord pour soi, puis ensuite pour autrui (si possible !).

L’imago maternelle indestructible et envahissante

Bien sûr on peut objecter que tout ce travail est inutile, qu’il suffit de remarquer que la propension à « fantasmer dans le vide », c’est l’effet de l’influence de l’imago maternelle enfouie qui remonte dans le présent.

Oui, mais après, on fait quoi ?

Les images maternelles inconscientes sont là disons – d’une manière un peu pessimiste – gravée pour la vie.

Faire des liens avec ces images est utile et indispensable dans un premier temps mais c’est un peu vouloir vider la mer avec une petite cuillère, s’il n’y a que cela comme médecine.

Les situations du passé profond remontent d’autant plus que le moi est inoccupé.

 » Si le moi est densément affairé, les perturbations automatiques venant du fond de l’inconscient trouveront à qui parler!  » pense Julien.

Dans son étude Julien se penche sur l’incroyable soudaineté de son obsession pour une femme qu’il connaissait pourtant depuis quelques années et qui jusque là n’avait rien produit de probant sur le plan amoureux.

Puis il y eu un séjour -de quelques jours – en sa compagnie qui a déclenché, en fait révélé, un ressenti passionnel aussi fort que soudain.

Lui qui pendant des années se tenait prudemment à distance de la gent féminine se retrouve soudain avec une sexualité d’adolescent exacerbée, à en être presque gêné.

Julien pense avoir fait les justes associations concernant ce renouveau sexuel: cette menace indiscernable qu’il sentait monter violemment en lui, c’est l’imago maternelle, cette mère envahissante dont il a parlé tant de fois en psychothérapie. Il pensait s’en être débarrassé, mais elle est toujours là…

Cette passion excitante et destructrice qu’il ressent en ce moment vient du télescopage de cette femme qui lui plait avec l’imago maternelle que l’on vient de décrire précédemment : c’est du moins son hypothèse.

L’imago maternelle est installée pour la vie dans le psychisme. Elle est tapie au fond de l’inconscient et peut très bien rester là, invisible pendant des décennies.

L’imago maternelle, c’est une grenade endormie qui peut se réveiller et pulvériser le moi en très peu de temps.

Pour que la grenade éclate, il faut que l’interférence avec la réalité présente réveille le souvenir inconscient de la relation à la mère.

Julien sent qu’il ne faut pas être dupe, cette passion violente, il s’agit donc avant tout de l’objet inconscient maternel qui remonte trop fortement dans le moi.

Ce genre de situation peut, si l’on n’y prend garde aboutir à de graves déconvenues.

Il le sait de par son expérience personnelle passée.

Non pas qu’il faut fuir l’amour, non sûrement pas!

C’est de l’amour irréel dont il faut se méfier.

Le fantasme, lorsqu’il est connecté à l’objet maternel inconscient nourrit formidablement la sexualité mais s’il n’y que le fantasme, le moi peut exploser!

 

Retrouver un contrôle de son corps et de son esprit

La stratégie de Julien se précise de plus en plus.

 » L’amour : oui

L’explosion du moi : non !  »

Pour y remédier il suppose – sans doute à raison – que l’on ne peut penser qu’à une seule chose à la fois.

Pour contrôler un tant soit peu ses pensées, il faut non pas les chasser – c’est totalement vain – mais par exemple se concentrer intensément sur une cible mouvante comme sa respiration pendant un certain temps, minimum 1/2 heure dans le cas de Julien.

Une concentration (intense lorsque nécessaire) bloque les remontées de l’inconscient trop puissantes, incontrôlables  et néfastes.

Une fois l’exercice terminé, les images associées par exemple à l’effet négatif lié à l’imago maternelle se tarissent.

Julien sent qu’il se libère ainsi – provisoirement sans doute – de trop de forces incontrôlables.

Réguler, tempérer les remontées inconscientes, et retrouver le réel

Puis ensuite, après l’exercice de concentration, ces images vont commencer à remonter petit à petit jusqu’à ce qu’une nouvelle intervention soit nécessaire avant qu’il ne soit trop tard!

Un exercice de concentration, c’est un exercice de dopage du moi.

Au fil du temps, la situation normale peut se réinstaller.

Les obsessions toxiques se réduisent, voire finissent par retourner d’ou elles viennent, c’est à dire dans l’inconscient, là ou elles auraient dû rester sagement.

La vraie relation, ancrée d’abord sur le réel, avec une touche seulement de l’imago maternelle parasite, peut enfin se réaliser.

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