Un moi en danger: Julien (1)

écrire, témoigner, Julien,     Préface :

Peut être que ce texte sera utile avant tout à son auteur et n’atteindra donc que partiellement son objectif de partage. Il a été rendu possible parce qu’il y a derrière le narrateur un long parcours de psychothérapie. Sans cela, son mental aurait  probablement été trop incertain, son moi en danger de façon trop désorganisante  pour aboutir à un résultat probant.

Le parcours psychothérapique met en mouvement l’inconscient,  et c’est là une des conditions pour que des portes puissent commencer à s’ouvrir. Mais pendant longtemps, la psychothérapie m’a d’abord permis de me sentir dans un réseau humain, de trouver un minimum de stabilité à travers un brouillard envahissant de pensées et d’émotions, de trouver quelques portes de sortie face à un sentiment de destruction mentale. Aujourd’hui, de plus en plus souvent, c’est comme si le brouillard se déchirait, et alors je perçois le monde comme si une fenêtre s’ouvrait, avec mes propres sens, et c’est un moment de bonheur.

Le texte qui suit pourra apparaître aussi un peu froid mais il n’est pas possible de décrire un phénomène mental très envahissant comme celui dont il va être question si l’on n’a pas un minimum de rigueur. En effet une description cohérente de ce qui se passe alors à l’intérieur de soi impose de construire, difficilement,  un minimum de recul envers toutes émotions parasites.

En outre chaque psychisme humain étant semblable et en même temps  dissemblable, il n’y a donc pas de description à vocation universelle … Je suis désolé pour ceux/celles qui ne  se sentiront pas en phase ou concernés par ce texte.

J’ai crée un personnage que j’appelle Julien pour plus de facilité narrative et humaniser un écrit autrement peut être trop sec.

Ecrire, mettre en mots écrits

Julien a eu un long parcours de psychothérapie et aujourd’hui -on ne sait pourquoi- il a décidé de mettre en mots écrits une expérience intérieure dont il a gardé un souvenir prégnant.

Pour autant cette expérience intérieure est sans doute loin d’être unique, peut être même probablement est-ce  un cas typique très répandu.

Une des raisons qui a poussé Julien – qui n’a jamais rien écrit de sa vie – est qu’il suppute – à tort ou a raison, l’avenir le dira – que le seul fait d’étudier un phénomène psychique et de le confronter à la mise en texte, à la critique et à la lecture d autrui, peut être en soi quelque chose d’intéressant et salvateur. Le  travail d’élaboration nécessaire à la construction écrite concourrait à réorganiser en somme le psychisme défaillant.

En tout cas l’envie d’écrire est là, et « ce n’est pas rien » pense t il!

Au cœur du sujet : le sentiment amoureux

Allons tout de suite au cœur du sujet:

Cette « étude » concerne le sentiment amoureux lorsque  parfois celui ci prend excessivement possession d’un être, d’une manière tellement envahissante que celui- ci risque de ne plus s’en extraire, avec à la clef beaucoup de souffrances, notamment s’il n’y a pas de réalisation ou parce que la réalité enfin vécue n’est pas vraiment conforme à la fiction!

 Un piège mental indiscernable, un moi en danger

Le danger du sentiment amoureux trop irréel,  est alors de tourner en boucle dans soi-même, dans une sorte de piège mental indiscernable par le sujet, et néanmoins redoutable par sa dangereuse force destructrice potentielle.

Ce piège mental perdure d’autant plus que le sentiment amoureux amène une baisse de l’état de conscience : et sans conscience ou sans un moi solide capable de conserver son jugement et discernement que peut faire  efficacement un sujet?

Pire encore! Durant ces rêveries toxiques l’image de la femme désirée distille sans relâche une sensation de plaisir. Il y a alors comme une menace addictive, et l’on sait que sortir d’une addiction est extrêmement difficile du fait -entre autre – qu’il faut refuser la tentation du plaisir pour espérer s’en extraire.

 Mais comment lutter avec un moi incendié

Lors de douloureux moments de découragements Julien pense parfois que la sortie de cette impasse psychique est inaccessible.

« Si le moi se retrouve enfermé dans une sorte d’addiction et qu’il s’atrophie terriblement du fait même de cette addiction, alors il n’y a plus guère de porte de sortie ».

Vouloir lutter contre soi-même c’est un David dont la tête est embuée et les pieds et mains liés, contre un Goliath en pleine force. C’est vouloir éteindre un incendie avec un dé à coudre rempli d’eau.

Méditer avec une conscience et un moi affaiblis

Mais la particularité de julien est qu’il est « entraîné » à la méditation qu’il pratique en complément de sa psychothérapie. C’est SA méditation, qu’il modifie si besoin en fonction de ce qu’il ressent.

Méditer, c’est un peu s’obliger à observer le corps, les évènements psychiques, les pensées, la respiration, son environnement.

Un méditant, c’est un observateur.

Mais un observateur doit être dans un bon état de conscience. Or cette conscience elle-même est très réduite par l’envahissement amoureux!

La tache est antinomique mais « il me reste encore un peu de conscience, sachons la refaire fructifier au mieux.. » se dit Julien

« En tout cas rien ne sera possible tant que ma conscience sera très affaiblie ».

Un plan de bataille commence à prendre forme.

Julien constate que le piège amoureux fonctionne d’autant plus que l’on se trouve dans le vagabondage mental, l’absence de but, dans l’absence de projet, dans l’absence d activités prégnantes et des nécessités liées à la relation humaine, à la vraie vie.

D’abord trouver le moyen de relever le niveau de conscience afin d’être moins ballotté au gré des courants souterrains et imprévisibles de la fantasmagorie et de la sexualité.

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