La violence au cœur du traumatisme psychique

violence et traumatisme psychiqueLa notion de traumatisme psychique a été étudiée dans le contexte des deux grandes guerres mondiales.

En effet, la violence subie est au cœur de la notion de traumatisme psychique, ou psychotraumatisme.

Certains soldats présentaient des troubles psychiques parfois très intenses, aigus ou durables. Il a fallu admettre que ces troubles ne résultaient ni de blessures physiques, ni de lésions organiques du cerveau. En revanche, la violence des combats, l’horreur des situations, la peur étaient en cause. On a nommé ces troubles névroses de guerre, névrose d’effroi… Freud a livré une analyse très importante (et complexe) des « névroses de guerre » en 1920.

Ensuite, les psychiatres américains ont rencontré ces troubles, parfois très invalidants  chez les vétérans des guerres de Corée et surtout du Viet Nam. Ces troubles psychiques consécutifs à des évènements de guerre entraient alors dans les classifications psychiatriques (1980), avec la notion d’état de stress post traumatique (ESPT).

Mais l’on sait aujourd’hui que de nombreuses situations peuvent également bouleverser l’équilibre psychique. La notion de psychotraumatisme s’est élargie

Ces situations « contribuent de façon importante » à de multiples troubles .

Les signes de l’EPST sont les plus typiques et les plus précis.

  • Les éléments fondamentaux sont la reviviscence, la répétition, et l’évitement : tout se passe comme si la violence traumatique était toujours là, présente, actuelle. Elle est revécue la nuit, dans des rêves ou des cauchemars. Et le jour, des souvenirs envahissants, des flash-backs angoissants et douloureux viennent la rappeler. Enfin, la personne cherche à éviter toutes les situations qui rappellent l’évènement (lieux, images de films, sons, vêtements) ; conséquence de ce combat pour se protéger, la personne risque de délaisser ses autres intérêts.

Mais l’EPST « pur » dont nous venons de parler s’accompagne ou se complique souvent d’autres troubles. Il s’agit de troubles attentionnels, de fatigue, troubles du sommeil, troubles anxieux, dépressifs, addictions, désorganisation de la vie familiale et sociale.

  • L’OMS y ajoute  les comportement à risque ou suicidaires, les difficultés sexuelles,  les maladies sexuellement transmissibles et les grossesses non désirées. L’OMS associe également ces troubles à différentes maladies somatiques (cancer,  maladie cardio-vasculaire, diabète, hépatite ou  autre maladie chronique).

 En dehors des situations de guerre, on retient aujourd’hui de nombreuses situations psychotraumatiques, avec ou sans les signes typiques de l’ESPT que nous venons de voir.

  • On pense immédiatement aux attentats terroristes dans notre pays.

Citons également

  • Les catastrophes naturelles
  • Les accidents ou les maladies graves de toutes sortes
  • La mort brutale d’un proche
  • Les situations de menace, les agressions de toutes sortes, publiques ou privées

On insiste particulièrement sur plusieurs situations à très haut risque de séquelles traumatiques.

A la différence des situations précédentes, les violences y sont  régulières, répétées ou prolongées. Elles sont quelquefois évidentes pour peu que l’on y prête attention, voire connues et malheureusement négligées. Elles peuvent au contraire être secrètes ou dissimulées. Citons

  • Enfants maltraités, abusés ou négligés par des personnes qui devraient les protéger
  • Violences conjugales : en particulier femmes humiliées ou blessées par un partenaire aimé ou admiré
  • Maltraitances ou négligences vis-à-vis de personnes vulnérables, notamment dans le soins
  • Jeunes intimidés ou persécutés par leurs camarades, notamment sur les réseaux sociaux
  • Notons également que la souffrance au travail, le harcèlement professionnel engendrent assez souvent des symptômes psychiques marqués et durables très proches de l’EPST

Dans ces situations, en quoi l’évènement a-t-il un caractère violent pour le psychisme?

Il est désorganisant pour plusieurs raisons

  • il est inattendu, imprévisible, et dépasse tout ce que le sujet aurait imaginé devoir affronter. Une limite de ce qui est supportable est atteinte pour cette personne ;  mais chacun peut également se demander : « je me demande comment j’aurais réagi à sa place »
  • L’évènement est sidérant, incompréhensible, immaitrisable par la pensée ou par l’action. On peut dire qu’il laisse le sujet qu’il frappe sans possibilité de réagir, sans « mots pour le dire », « sans voix ». Cela peut être lié à l’âge, ou à l’intensité objective ou affective de la situation
  • il est vécu comme culpabilisant

Ces situations montrent la trahison de liens affectifs et sociaux essentiels . Elles attaquent la confiance ou la familiarité suffisantes qui fondent les relations avec les personnes et avec le monde qui nous entoure.

En définitive, un évènement traumatique

  • ébranle profondément la confiance dans la fiabilité du monde extérieur
  • ébranle la confiance en ses propres forces pour maîtriser les évènements qui peuvent ainsi surgir de la réalité

Un débat important concerne le rôle exact des évènements traumatisants.

Sont-ils responsables des troubles psychiques observés ? Ou bien viennent-ils seulement révéler une « vulnérabilité » préexistante ? Et dans ce dernier cas, quelle est la nature de cette vulnérabilité?

La notion de victime a pris une grande importance dans les débats sociétaux, et dans nos consultations. On insiste aujourd’hui sur la nécessité de reconnaître l’impact de ces évènements ou situations à risque traumatique. Cela est très important pour apaiser ces situations, et pour la mise en œuvre d’une prévention précoce.

 Un effort de prévention

La société a fait ces dernières années un effort de prévention des traumatismes psychiques en mettant en place des  « cellules de crise » ou des « lignes d’écoute ». Nous les avons connus lors d’événements majeurs comme les attentats qu’a subis  notre pays. Elles existent pour de multiples situations que nous avons évoquées. Nous les retrouvons dans le cadre de l’épidémie massivement inquiétante que nous traversons avec la Covid-19. Les mesures concrètes destinées à combattre ces évènements sont largement diffusées. Les conséquences psychiques potentielles sont bien mieux prises en compte.

Parfois un suivi individuel est nécessaire. Il est bien connu aujourd’hui que le fait de pouvoir parler à quelqu’un de l’impact émotionnel d’un événement potentiellement traumatique est essentiel. Dans le langage psychanalytique, on dit « abréagir » et « élaborer » l’impact de ce traumatisme. Il s’agit de ne pas être seul, de trouver des mots pour partager suffisamment avec un « écoutant » la nature et l’intensité des émotions qui tendent à nous dépasser. Parfois, on peut comprendre comment s’est constituée une vulnérabilité ou une sensibilité au traumatisme. Un psychothérapeute, un psychologue, un psychiatre peuvent être nécessaires. Parfois des médicaments, différentes mesures d’accompagnement.

L’existence de pathologies d’origine traumatique montre l’importance fondamentale d’un équilibre suffisamment bon entre l’être humain et les événements qu’il vit, les milieux qui l’entourent, à tous les âges de la vie.

Pour mieux connaître l’ESPT

L’état de stress post traumatique (ESPT) se nomme pour les anglophones PTSD (Post Traumatic Syndrome Disorder).

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