Quelle différence entre bêtise et connerie ?

Bêtise ou « connerie »? Sujet difficile. La revue « Psychiatrie Française » éditée par le Syndicat des Psychiatres Français et l’Association Française de Psychiatrie consacre à « Comment devient-on bête ? » son numéro daté de mars 2021.

Il y est question autant des défenses conduisant à des troubles déficitaires du développement que de la bêtise des gens intelligents. C’est ce dernier point qui retiendra notre attention.

La curiosité, antidote à la bêtise.

Les auteurs de la revue s’accordent sur le fait que l’intelligence pourrait être du côté du lien, de la curiosité, de la possibilité et de l’acceptation d’une pensée subjective. Simon-Daniel Kipman affirme, en particulier, combien le lien « K » de Wilfred Bion, K ou C en français, pour Connaissance ou Curiosité, est le meilleur antidote à la bêtise et à l’abrutissement. « La névrose rend bête, la peur rend stupide dit encore S-D.Kipman.

Bêtise ou connerie ?

Marc Hayat dans un article de cette revue, intitulé « La connerie, signe, diagnostic, traitement » propose de considérer la connerie comme l’expression d’un trouble psychique. En fait, il peut être difficile de distinguer celui-ci de ce que d’autres auteurs mettent du côté de la stupidité, voire de la bêtise.

Il énonce également l’échec du processus de pensée et de conflictualisation pris dans le lien avec l’autre, une défense projective éludant quelque doute que ce soit. Mais il semble réserver le fonctionnement en faux-self à la bêtise, que nous rangerions, pour notre part, plutôt du côté de la névrose.  Outre un aspect narcissique indéniable,  Marc Hayat repère dans la connerie un déni de la vie psychique, sans clivage compensatoire, précise-t-il.

Pourtant, il semble que faux self, projection, troubles de la subjectivité, clivage, fassent bien le terreau de la « normopathie » au sens où en parlait Joyce Mc Dougall et, poussée à son maximum, de la « connerie ». Celle-ci, pensée comme un mécanisme de défense, analogue à un trouble du caractère, ressemble fort au contre-investissement narcissique nécessaire au maintien d’un clivage quand le processus de refoulement est débordé. ( G.Bayle, 2012)

Bêtise ou connerie : Wilfred Bion s’impose quand il est question de la violence du non pensé

du non symbolisé et de l’attaque contre les liens. La dimension narcissique de la connerie va également dans ce sens. Cette dernière peut, comme le clivage, s’avérer d’ordre « fonctionnel »- et, en cela personne n’est à l’abri – ou « structurel ». Dans ce cas, la situation devient beaucoup plus complexe, voire dangereuse pour l’humanité.

C’est ce que d’autres auteurs comme Maurice Corcos ou Paul Denis, dans ce même numéro, ont repéré, chacun de leur côté, dans la recherche effrénée du bonheur ou de l’hyper santé, qualifiée de maladie ratée. Ou encore dans le déni de la spécificité de la détermination polyfactorielle du fait psychopathologique. La peur ou le mépris contra-phobique de celui-ci pouvant amener à une réduction dramatique de la dimension relationnelle de l‘exercice de la psychiatrie.

Marc Hayat, en écho à ces problématiques cliniques,  fait de « la prévention de la connerie » et du maintien constant la capacité à fantasmer,  un enjeu majeur de nos sociétés post modernes.

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