La « connerie » est-elle un symptôme psychiatrique ?

Qu’est ce que la « connerie »? Est-elle définissable ? Comment s’inscrit-elle dans nos relations ? Est-elle un symptôme psychiatrique ?

La revue Psychiatrie Française a consacré son numéro 2 / 2020 à « Comment devient-on bête ? » comme modalité de pensée qui continue à nous interroger. L’auteur y publie son article « La connerie, signe, diagnostic, traitement » dont il donne ici quelques aperçus.

Il existe d’assez nombreux ouvrages sur ce sujet, mais la plupart n’aborde pas le processus lui-même qui nous fait dire de quelqu’un « qu’il est con » ou « qu’on s’est senti un peu con dans telle situation ».

Il est habituel lorsqu’on évoque la connerie, ou qu’on énonce seulement ce mot, de susciter un sourire de plaisir chez l’autre : il attend un bon mot, une bonne histoire et il espère en rire. Le mot « con » comme qualificatif adressé à une personne a toujours une connotation blessante narcissiquement, voire insultante. Sa véhémence est probablement due à son renvoi au sexuel.

Pourtant, la rencontre directe avec un personnage qu’on qualifiera ainsi  provoque souvent un fort mouvement de colère, d’agressivité qui permet de » faire le diagnostic » qui n’a qu’une valeur subjective. Pour nous, il s’agit d’un processus mis en œuvre dans la relation.

Le processus de la connerie est repérable par certaines caractéristiques

  • La personne engagée dans ce processus est sûre d’avoir raison. Pour elle, il n’y a qu’une façon de vivre le monde, de poser et de comprendre un problème
  • Dans son fonctionnement psychique, il n’y a aucun espace de subjectivité possible. En effet, il existe un collapsus entre le monde interne (où s’élaborent les fantasmes, où vivent et s’expriment les pulsions…) et le monde de la réalité extérieure. Il confond le Réel et la réalité psychique.
  • Pour lui, cela ne se discute pas : tout le monde ne peut que penser de la même façon.
  • L’enjeu de la conversation n’est pas un échange ni un dialogue. C’est une affirmation / confirmation que les choses sont bien à leur place.
  • L’ambiguïté est impossible, le langage ne peut-être qu’informatif
  • Et par conséquent toute forme d’humour et/ou de poésie est exclue, probablement forclose.

Paradoxalement, bien qu’étant un individu structuré par le gout de l’Ordre, il peut manifester une certaine jouissance à montrer comment il a grugé, fraudé, contourné la loi.

Cet écrasement de toute vie subjective dans son rapport à l’autre, rendant impossible tout échange et toute discussion provoque chez l’interlocuteur une très grande violence interne. Cette violence est de prime abord peu compréhensible dans une situation somme toute banale. Elle s’exprime le plus souvent par la colère. Alors, celui qui subit la situation peut en arriver à crier pour se dégager de cette forme d’emprise.

Ce type de relation provoque des dégâts dans l’entourage

  • Dans le couple, la relation d’altérité étant privée de subjectivité et d’ambiguïté, Éros se trouve réduit à un échange sexuel formel avec, au mieux, de la serviabilité mais sans aucune trace de tendresse et d’amour.
  • Dans la vie de famille, lorsque l’un des deux parents se manifeste ainsi, il se place en position de pouvoir. Par conséquent, la violence, l’agressivité et la colère deviennent le mode principal d’échange intrafamilial.
  • Au sein d’une famille,  lorsqu’un des enfants se manifeste ainsi, un processus d’exclusion vient attaquer les liens de l’ensemble de la famille.
  • Dans le travail, c’est là que les dégâts sont les plus importants. Lorsqu’un patron est diagnostiqué tel, le processus s’étend en pelure d’oignon dans toute l’entreprise et tous les employés en font les frais. La souffrance au travail devient rapidement intenable avec son cortège d’arrêts de travail et de difficultés dans la gestion des ressources humaines. Le processus « mimétique » peut aller jusqu’à mettre en péril l’avenir de l’entreprise.

La connerie est-elle un symptôme inscrit dans la structure psychique ou s’agit-il d’un moment « fonctionnel »?

Les psychanalystes opposent le « structurel » composé d’éléments permanents chez un individu et le « fonctionnel », état ou forme de pensée momentanés, conjoncturels.

Avouons que chacun d’entre nous à le souvenir d’avoir fait preuve de « connerie » dans une situation souvent très ancienne. On garde ce cuisant souvenir très enfoui à l’intérieur de soi. Son évocation reste vivement douloureuse : elle est accompagnée d’un sentiment de honte plus que de culpabilité.  Cela montre probablement le lien de la connerie avec « l’infantile ».

Voilà pourquoi la connerie doit être considérée comme un symptôme psychiatrique.

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