Numérique et prévention du suicide

prévention du suicide, applis et objets connectésLe numérique, grâce aux applications et aux objets connectés (AOC) est porteur d’espoir pour la prévention du suicide, comme dans d’autres domaines de la psychiatrie.

Des chercheurs expérimentent de nouveaux outils numériques, afin d’enrichir les outils déjà utilisés actuellement pour la prévention du suicide (consultations, suivi à distance, psychoéducation).

 

L’intérêt des applications et objets connectés (AOC) dans la prévention du suicide

La consultation classique évalue souvent mal le risque d’un passage à l’acte suicidaire.

En outre, il est difficile de prévoir le moment de vulnérabilité particulier où se déclenche ce geste. Par exemple, le mal-être ou la souffrance liée à des troubles dépressifs ou d’autres troubles mentaux peuvent lentement devenir intolérables ; d’autres fois, c’est une situation qui va brusquement provoquer une impulsion suicidaire (isolement, crise d’angoisse, panique). La crise suicidaire dépend des symptômes, mais aussi de conditions psychologiques, émotionnelles physiologiques, situationnelles, environnementales (traumatisme, éloignement d’une personne ressource). Enfin, la personne concernée est le plus souvent loin des soins lorsque la crise suicidaire survient.

Aussi, des recherches utilisant les AOC tentent de formaliser les facteurs complexes dont la présence pourrait faire craindre un geste suicidaire dans les quelques minutes ou heures qui suivent, en conditions écologiques.

Ce repérage, dans le cadre d’une relation thérapeutique consentie permettrait des interventions préventives adaptées à chaque situation et « hyperrapides ».

Tous les domaines de la e-santé utilisent largement le smartphone, qui est devenu un objet de la vie quotidienne pour près de 3 milliards de personnes dans le monde.

 

Les AOC permettent de mieux connaître l’état psychologique et émotionnel d’une personne dans les conditions (écologiques) de la vie quotidienne, à partir de 3 types de données.

  • Les questionnaires d’auto observation, grâce auxquels une personne peut s’auto-évaluer, et partager ses observations avec ses soignants ou personnes ressources. Quelques questions permettent ainsi d’évaluer l’humeur, les cognitions, le régime alimentaire, l’ activité, les relations sociales, etc. Les personnes qui utilisent ces questionnaires peuvent les remplir à un rythme variable, quotidien, hebdomadaire, ou à la demande, en fonction du contexte
  • Les informations objectives fournies par des objets connectés (montres, bracelets…) peuvent également renseigner sur l’état physique et psychique. Citons par exemple les enregistrements du sommeil, du nombre de pas par jour, des rythmes cardiaque ou respiratoire, de la température, du poids, de la pression artérielle
  • Des métadonnées (« phénotype digital ») telles que le nombre et la durée d’appels reçus et émis, le temps de connexion aux applications, peuvent témoigner indirectement des équilibres psychiques

 

AOC et recherches de pointe sur la prévention du suicide

Pour mixer de nombreuses données issues de ces trois sources, des chercheurs utilisent  l’intelligence artificielle (iA). Leur but est de construire des algorithmes prédictifs de moments très proches de la crise suicidaire comme nous l’avons vu.

L’ambition est thérapeutique et préventive. Il s’agit d’intervenir en temps réel, pour soutenir et promouvoir des comportements qui désamorcent la crise : « le bon soutien au bon moment ».

En effet, le recueil de données plus précises permettrait aux professionnels comme aux patients d’intervenir sur les différentes dimensions impliquées dans la crise suicidaire.

 

De nombreuses applications mobiles évoquent le suicide

Plus de 120 d’entre elles ne sont pas spécifiques, traitant de la dépression, des automutilations, du soutien psychologique, etc.

Parmi celles qui sont dédiées à la prévention du suicide, qui sont largement utilisées par les patients, très peu (environ 7%) intègrent les recommandations officielles, à savoir

  • le suivi de l’humeur et des pensées suicidaires
  • l’élaboration de plans de sécurité
  • la préconisation d’activités
  • l’information et l’éducation
  • l’accès à des réseaux de soutien
  • l’accès à des conseils d’urgence

Certaines applications sont considérées comme dangereuses.

 

Une application dédiée à la prévention du suicide est à l’étude en France actuellement : Emma (Ecological Mental Momentary Assessment).

C’est une application Smartphone d’observation, de prédiction et d’intervention écologique pour des patients à haut risque suicidaire.

  • Elle s’appuie sur des questionnaires d’autoévaluation
  • Elle peut proposer automatiquement à ses utilisateurs d’avoir recours à différents modules de leur plan de sécurité ou de contacter leur service d’urgence.

Le professeur de psychiatrie Philippe Courtet (Université de Montpellier) dirige cette recherche. Le développement d’Emma intègre également des personnes sujettes à des passages à l’acte suicidaire graves.

Une première étude clinique a d’abord cherché à mettre au point « un algorithme prédictif du risque de survenue d’un événement suicidaire. Ces évènements sont le suicide, la tentative de suicide, l’hospitalisation et le passage aux urgences pour idées suicidaires ». Il s’agissait également de tester

  • l’utilisation de l’appli
  • son acceptabilité
  • la satisfaction des patients quant à son utilisation

Cette étude a inclus 100 patients à haut risque suicidaire recrutés dans quatre hôpitaux universitaires (Montpellier, Lille, Brest, Créteil). Ces patients ont utilisé l’application durant les six mois suivant une hospitalisation pour comportement suicidaire.

Ils ont été aidés

  • pour installer l’application
  • pour la personnaliser, (désignation de personnes ressources, établissement d’un plan de sécurité individualisée avec des stratégies d’adaptation)

Le LIRMM ( Laboratoire d’Informatique de Robotique et de Microélectronique de Montpellier) traite actuellement les données recueillies grâce à Emma.

Un second essai clinique concernant 500 patients à haut risque évaluera l’efficacité de l’algorithme obtenu.

L’équipe Emma prévoit une coordination avec le dispositif VigilanS, qui a déjà fait ses preuves dans le télé-suivi des personnes suicidaires. Une étude sur six mois avec 632 patients participants évaluera l’apport de l’application au dispositif vigilanS.

 

Les auteurs de cet intéressant article soulignent plusieurs points, essentiels à nos yeux

  • Les AOC ne remplacent pas la rencontre clinique. Au contraire, « bien conçus et bien utilisé, ces nouveaux outils numériques peuvent augmenter la relation thérapeutique, l’étendre dans le temps et dans l’espace bien au-delà de la stricte situation traditionnelle de consultation »
  • Les nouvelles technologies créent pour les patients une nouvelle façon de s’objectiver, de se raconter, d’agir sur soi.
  • Les AOC contribuent à donner une nouvelle place au patient. En effet, celui-ci s’inscrit dans une dynamique d’autonomisation, d’empowerment, d’horizontalisation des rapports soignants soignés et de démocratie sanitaire.

L’article E-santé mentale et prévention du suicide expose l’ensemble de ces avancées. Il  a pour auteurs Margot Morgièvre (CHU Montpellier) , Charles-Edouard Notredame (CHU Lille) et le professeur Philippe Courtet (université de Montpellier), dans le numéro 256 (mars 2021) de la revue Santé Mentale « prévenir la réitération suicidaire ».

Un numéro national d’appel d’urgence dédié à la prévention du suicide devrait être créé en 2021.

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