Commission Nationale de la psychiatrie : le numérique, un grand absent ?

Le 18 Janvier 2021, la DGOS a installé la nouvelle Commission Nationale de la Psychiatrie, présidée par Michel Lejoyeux.

Michel Lejoyeux est Professeur  de psychiatrie et d’addictologie au sein du GHU Paris et à l’Hôpital Bichat.

L’objectif de cette nouvelle instance est d’engager rapidement, avec l’ensemble des acteurs, les travaux les plus urgents pour la psychiatrie :

  • les pratiques de la psychiatrie dans la crise Covid
  • les textes encadrant les pratiques d’isolement et de contention
  • les réformes de fond, notamment celles du financement et des autorisations en psychiatrie.

Cette Commission Nationale de la Psychiatrie succède au Copil Psychiatrie, mis en place  en 2017 par Marisol Touraine. Elle succédait  elle-même à un éphémère Conseil National de Santé Mentale, installé en 2016 et présidé par Alain Ehrenberg.

Nous ne pouvons que saluer la mise en place de cette instance. Elle reconnait à la psychiatrie sa place singulière dans le dispositif de soins par les pouvoirs publics. Elle souligne son importance pour la population et les professionnels.

Première remarque : pas de bilan des précédentes instances

Il est cependant regrettable, qu’à notre connaissance, nous ne disposions pas d’un bilan public de l’action des précédentes instances. Ni les propositions du précédent Copil psychiatrie (2017-2020) ni celles  du Conseil National de Santé Mentale (2016-2017).

Alors qu’il aurait été profitable, pour la Commission Nationale de la Psychiatrie,  de disposer d’une analyse publique des apports de ces commissions. Ces commissions mobilisent beaucoup d’espoir, d’énergie et de travail. Les réponses de la DGOS aux propositions qui lui ont été présentées auraient un réel intérêt. Si des rapports et bilans ont été établis, pourquoi ne pas les rendre publics?

Seconde remarque : pas de prise en compte des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication

Dans la longue liste des commissions constituées au sein de la Commission Nationale de la Psychiatrie, nous n’avons pu repérer la place faite à cette thématique pourtant fort actuelle. La crise de la Covid 19  a en effet  révélé  la nécessité de soutenir et de développer l’utilisation d’outils numériques en psychiatrie et en médicosocial. Notamment :

  • La téléconsultation, le télésoin et la télé-expertise qui sont des moyens essentiels  pour garder le contact avec les patients. Mais aussi pour échanger entre professionnels et ainsi, gagner du temps médical et soignant.
  • Les applis destinées aux personnes en souffrance psychique qui permettent le suivi  de leur état de santé, ou celles qui pourraient servir à la prévention des rechutes.
  • Souvent financées par des fonds publics, elles  ne semblent pas repérées comme des innovations possibles, ni faire l’objet d’une valorisation parmi les groupes de travail.

Au vu de l’organigramme de la Commission, aucun axe ne semble se référer à ces nouvelles technologies. Elles se développent pourtant fortement  dans les autres branches de la médecine soutenues par un financement spécifique de l’Assurance maladie.

Pour la Commission Nationale de la Psychiatrie : un groupe de travail NTIC

Un groupe de travail spécifique aux nouvelles technologies en psychiatrie devrait être constitué afin :

  • de recenser l’existant, ce qui est en expérimentation et les projets novateurs en ce domaine.
  • de mieux informer les acteurs du soin de ces innovations
  • d’appuyer un changement progressif de culture que l’intégration de ces nouveaux outils d’accompagnement des pratiques pourrait permettre.

Nous espérons que cette Commission Nationale pourra, sans ignorer les précédents travaux du Copil Psychiatrie :

  • élaborer, en ce domaine, des propositions qui seront reprises par la DGOS  pour répondre aux attentes des acteurs de la psychiatrie
  • puisse porter la parole des acteurs de terrain et des bénéficiaires des soins en y intégrant  une perspective résolument moderne
  • propose une politique de prévention des troubles psychiques et des rechutes afin de réduire les trop nombreuses hospitalisations.

Citons le Pr Lejoyeux, « la situation actuelle en psychiatrie inspire un sentiment de gravité partagé par toute la discipline, qui manifeste une volonté de travailler ensemble [..] ; la commission sera un espace où peuvent se faire entendre des points de vue différents en vue d’apporter des réponses aux défis actuels de façon opérationnelle, efficace et concertée. »

Composition de la Commission Nationale de la Psychiatrie

Dans Santé Mentale

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