Comment réduire la fracture numérique chez les usagers de la psychiatrie ?

Les personnes souffrant de troubles mentaux depuis plusieurs années ont de grandes difficultés à utiliser les outils informatiques.

La fracture numérique touche particulièrement les personnes en situation de handicap. Effectuer les démarches administratives les plus élémentaires nécessite une certaine compétence numérique. Le film de Ken Loach « Moi, Daniel Blake » nous en a donné une illustration bouleversante.

Quels facteurs favorisent, dans la population générale, la compétence numérique ?

  • l’âge : le meilleur niveau est atteint de 25 à 30 ans mais décline vers 55 et 65 ans
  • le niveau d’études de la personne et de son milieu familial
  • mais c’est l’inscription sociale et professionnelle récente qui donnent la meilleure opportunité de développer nos capacités numériques.

Le niveau global d’équipement et de connexion est assez élevé

  • Selon les études de différents organismes (INSEE, Credoc), en France, le pourcentage de personnes disposant d’un ordinateur à leur domicile est d’environ 80 %.
  • Le pourcentage des personnes disposant d’une connexion Internet à leur domicile est également d’environ 80 %.
  • Quant au téléphone mobile, 94 % de la population en est équipée avec 69 % d’équipement en smartphone (chiffres de 2017). Ces chiffres augmentent rapidement.

Mais la capacité à utiliser Internet, révèle beaucoup de différences : la fracture numérique est une fracture sociale

  • Si 90 % des diplômés du supérieur ont accompli une démarche administrative en ligne au cours des 12 derniers mois, seuls 30 % des non diplômés l’ont fait.
  • Un tiers des Français s’estiment peu ou pas compétents pour utiliser un ordinateur (soit 18 millions de personnes). Parmi eux, 40 % ont des revenus bas et 74 % n’ont aucun diplôme.
  • Dans une autre étude, on estime à 28 % la population française des plus de 18 ans en exclusion numérique
  • Ainsi, on pourrait dire que l’accompagnement des personnes en difficulté et en situation de handicap, passe par le comblement du fossé numérique. C’est une tâche supplémentaire pour les travailleurs sociaux.

Un témoignage des accompagnants sociaux du SAVS de Pézenas : sur-handicap et accès aux droits

« L’ergonomie des sites ne permettant pas toujours une navigation intuitive, (les personnes) nous demandent de faire «  avec eux  » ou «  à leur place  » des démarches sur les sites de l’administration française, les boîtes mail, les comptes clients, les comptes bancaires, les recherches pour un séjour de vacances. Nous assurons aussi une médiation (mail et scans) avec les mandataires à la protection des majeurs, ainsi que le suivi médical (rendez-vous sur Doctolib, mail au psychiatre pour une ordonnance, arrêt de travail,…).

« Les personnes sous mesure de protection (curatelle simple ou renforcée) sont souvent «  exclues  » :  » l’absence d’accès spécifique dédié au tuteur sur les sites de démarches en ligne contraint ce dernier à utiliser les identifiants personnels du majeur protégé et à l’exclure de fait des démarches administratives et donc de ses droits fondamentaux. Cela vient, non seulement, renforcer le rapport de dépendance à un autre (quel qu’il soit), engendre un risque majeur d’exclusion et conduit à des situations de vulnérabilité numérique ou administrative. Apparaît donc un sur-handicap avec le sentiment de perdre encore davantage de liberté et de capacité à exercer leur citoyenneté. »

La fracture numérique devient donc une charge supplémentaire pour les travailleurs sociaux

Social et numérique sont dorénavant liés. En conséquence, dans l’étude « Connexions solidaires » d’Emmaus Connect, il se confirme que les métiers d’accompagnement social subissent un fardeau supplémentaire :

  • 75 % des professionnels affirment faire les démarches numériques « à la place de l’usager »
  • 58 % des intervenants sociaux jugent le numérique indispensable dans le parcours d’un usager
  • Moins de 10 % des intervenants sociaux déclare avoir reçu une formation au numérique dans le cadre professionnel au cours de la formation initiale
  • Seuls 30 % des intervenants sociaux sont en capacité de diriger un usager ayant des lacunes numériques vers un acteur proposant une formation adaptée
  • moins de 20 % des structures ont une procédure systématique de détection des difficultés numériques des usagers.

 Fracture numérique et handicap psychique. Comment favoriser l’inclusion sociale ? Des acteurs s’engagent

Depuis 2013, l’association Emmaüs Connect s’est lancée dans l’action visant à améliorer les capacités numériques des populations précaires. A partir du constat que de nombreuses personnes en situation de handicap ou de précarité numérique sont incapables de réaliser leurs démarches elles-mêmes, et / ou n’ont pas les moyens de disposer du matériel informatique. L’association cherche à faire du numérique un levier d’insertion sociale. L’association déploie son action :

  • dans 13 centres en France
  • en proposant d’abord un « diagnostic numérique » avec un conseiller.  » C’est un moment d’écoute indispensable pour mesurer leur degré de familiarité avec les outils digitaux « 
  • propose un parcours d’accompagnement adapté
  • facilite l’achat du matériel informatique (ordinateur et smartphones) assez récents récupérés auprès des entreprises et des particuliers
  • propose des offres solidaires de téléphonie mobile, des cartes prépayées en rapport avec le budget de chaque bénéficiaire.

Les conséquences en matière de santé pour les usagers

Elles se creusent en raison du développement des technologies numériques qui deviennent indispensables dans la vie quotidienne mais aussi dans l’accès aux ressources de santé : sites ou applications de recherche d’un rendez-vous médical, d’un centre de vaccination etc..

Le débat devrait s’ouvrir dans les services de soins et médico-sociaux sur la façon de lutter contre la fracture numérique.

Encore en pointe, Emmaus Connect propose aux professionnels d’améliorer  leurs pratiques d’accompagnement numérique. Voire plus, d’intégrer la pratique numérique à l’accompagnement social.

Fracture numérique et handicap : un nouveau vocabulaire

Compétence numérique se dit aussi littératie numérique qui vient de l’anglais literacy . Il est de plus en plus utilisé quand on évoque les compétences numériques d’un individu ou d’une population. Pour l’OCDE, le terme de littératie signifie «l’aptitude à comprendre et à utiliser le numérique dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses compétences et capacités. Elle comprend plusieurs types de compétences : la manipulation des équipements et des interfaces, la capacité de concevoir, réaliser, modifier, réparer, l’aptitude à trouver et à comprendre des informations, analyser une situation ou un processus numérique ou apporter un regard critique sur la société informationnelle. »

On parle aussi d’illectronisme. mais aussi d’e-inclusion.

Voir aussi 

L’ illectronisme  touche 17% de la population selon l’Insee

Lien social N° 1294 | Le 27 avril 2021 | Par Stéphanie Soto, monitrice éducatrice, Pauline Catalan, Priscille Sauzet et Guy Plagne, éducatrice/éducateur spécialisé·e, association Vallée de l’Hérault. | Échos du terrain (accès libre)

«Les usages du numérique par les publics fragiles : levier ou frein pour l’accès aux droits ? » édité par la Plate-forme de l’observation sanitaire et sociale – Auvergne–Rhône–Alpes – décembre 2018, permet une vue d’ensemble de ce problème.

Emmaus Connect

Sur Psyway.fr

Equilibre psychique et droits sociaux

Pix : évaluer et développer ses compétences numériques

 

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