Traverser une crise psychotique (1)

vivre une crise psychotique Un homme, qui se nomme Dandelion sur son blog, expose son « plan de crise ». Pour mieux se faire comprendre de son entourage, il décrit ses crises psychotiques, et leurs enjeux relationnels, qu’il a analysés au fil des années.

 

Complexité et violence d’une crise psychotique

La violence et la complexité de la crise psychotique sont immenses. Pour mieux faire comprendre la souffrance psychotique, l’auteur expose en 11 points ses symptômes, et ce qu’il attend des autres pour se sentir aidé. « Quoi faire, quoi ne pas faire » pour que les crises se calment. Il faut au minimum que les amis, les professionnels évitent des gestes, des paroles qui font mal, qui font peur. Cependant, ces 11 points ne sont pas des recettes comportementales. En effet, ils invitent surtout à comprendre « de l’intérieur » ce qu’est une crise psychotique. Certes il s’agit de mieux « gérer » les crises dans son cas. Mais il sait que d’autres « concernés-es » se sont reconnus dans ses élaborations. Ainsi, plus fondamentalement, cet écrit nous permet d’entrevoir les enjeux des symptômes et des relations au cours d’une crise psychotique, et le sens des directives anticipées qui valorisent aujourd’hui l’empowerment dans le cadre des soins.

Les repères corporels et le contact avec la réalité sont détruits.

  • « La réalité toute entière explose ». On est « sans armure, sans structure, extrêmement vulnérable, en proie à des douleurs et des angoisses incommensurables ».
  • Les images du corps et les sensations sont bouleversées : « nos corps n’ont plus de sens ni de limite, nous ne comprenons plus l’espace dans lequel nous sommes, (point 1). Aussi les personnes de la réalité peuvent être confondues avec celles des délires
  • En effet, le psychisme se perd dans un réel nouveau. C’est un chaos de cauchemars incompréhensibles, de délires, d’images atroces du corps, de sensations douloureuses de celui-ci (la chair pénétrée d’éclats de verre (point 2), de flashbacks de traumatismes.
  • La capacité d’expression, les repères identitaires sont très altérées (point 2, 3, 5). « On ne sait plus qui ni ce qu’on est »… «On ne comprend plus rien à ce qui se passe ». « Un je un elle un tu un nous se croisent dans ma bouche sans qu’on sache qui est qui ».

La crise psychotique comporte un intense repli sur soi.

  • C’est un repli défensif, qui est au service d’une lutte du malade pour «survivre » (point 4). On pense à un grand brûlé ou à polytraumatisé qui ne bouge plus, perd connaissance cependant que son organisme cherche à sauvegarder les organes vitaux. La crise est « extrêmement énergivore à vivre et à combattre » (point 7).
  • Cet état de repli extrême ne laisse presque aucune disponibilité pour investir ce qui vient du monde extérieur. Ainsi, le contact avec l’entourage, les soignants, la vie quotidienne peuvent très rapidement être ressentis comme autant d’agressions supplémentaires, faire « effroyablement mal » ou faire peur (point 1). Habituellement, la réalité familière « protège »; mais dans la crise, elle est maintenant vécue comme une entité menaçante en toutes circonstances. Insupportables, ingérables sont les questions trop compliquées (point 4) ; les paroles maladroites (point 5) ; les choix à faire, impossibles : « rien, je préfère rien » (point 9).
  • Aussi cet équilibre défensif extrêmement précaire accueille avec méfiance toute sollicitation, surtout si elle est inappropriée, voire réagit avec hostilité ou avec agressivité. Ainsi la perte de réalité et le repli contribuent à rendre les autres dangereux, ce qui ensuite accroît la culpabilité et la crainte de les perdre.

Malgré « l’explosion de la réalité », l’importance des autres apparaît ainsi cruciale lors de la crise psychotique.  

C’est ce que cet écrit souligne

  • Les autres assurent activement la survie physique alors que le malade peut n’avoir « plus d’envie ni d’avis sur rien » (point 8, 9)
  • Leur présence limite la perte de contact avec la réalité (point 2) et la plongée dans la folie (point 6, 7)
  • Ils peuvent assurer un environnement calme (point 3)
  • L’entourage est là pour aider à gérer l’après crise, « faciliter la vie » à un patient convalescent
  • Pour proposer si besoin un hébergement et des conditions de vie bien adaptées (point 10)
  • Leur témoignage et leur présence permettent aussi de débriefer, de ne pas laisser la peur prendre le dessus, d’éviter les non-dits et les « blackout » dans la mémoire de la crise, pour essayer de comprendre celle-ci
  • Les autres sont là pour parler bien, ce que souligne à chaque détour ce texte

Ainsi, la crise psychotique confronte le malade et son entourage à des exigences contradictoires

  • Ainsi par exemple les soignants doivent respecter le repli défensif, qui est investi par le malade et fait partie de son équilibre; et cependant ils doivent assurer, encourager  un contact avec la réalité
  • Quant au malade, il investit le repli, il refuse la réalité qui lui est douloureuse, mais cela est paradoxal. En effet, ces symptômes ne sont viables que si le monde extérieur les accepte suffisamment et veille à la survie physique et à une certaine alimentation relationnelle. Autre exemple quand le malade utilise les automutilations pour calmer sa souffrance. Il s’agit là pour lui de se calmer par ses propres moyens, tandis que ces gestes sont insupportables pour l’entourage ou deviennent dangereux (point 8)

Ce sont ces exigences contradictoires qui expliquent selon nous le besoin d’établir un plan de crise et d’adresser à l’entourage des demandes, voire des directives

En effet, malgré – ou à cause- de ce repli extrême, le malade devient très sensible à l’attitude des autres à son égard. Il se sent vulnérable et exposé à celle-ci. Alors il lui faut s’assurer que ce monde extérieur qui a « explosé » ne va par revenir s’imposer de tous côtés, à l’instar de cette violence interne qu’il a tant de mal à maîtriser. Ainsi adresse-t-il cette demande aux autres: il ne doivent rien faire qui le pousse à des réactions hostiles ou agressives qu’il ne pourrait pas maîtriser. Il pourrait en effet en souffrir gravement, en étant abandonné (point 9), en perdant l’amitié (point 11).

En définitive, ce témoignage souligne le caractère angoissant et cependant fondamental des relations, en particulier des relations thérapeutiques.

  • Au minimum, elles ne doivent pas « perturber les perceptions encore plus qu’elles ne le sont déjà »
  • Elles incarnent le pire lorsqu’elles aggravent la peur de soi et du monde.
  • Au mieux elles aident le malade à sauvegarder et restaurer une intégrité psychique et relationnelle gravement altérées. Ainsi, une présence ou une parole calme et chaleureuse sont « comme un phare dans la nuit » (point 6).

Le temps long pour construire un plan de crise

Soulignons enfin que la crise psychotique n’est pas un moment simple et rapidement oublié. Des années (« toutes ces années ») auront été nécessaires pour structurer ce « plan ». Cela était « très dur à faire ». Ses crises « au carré » étaient perçues comme « pas terribles » ou « extrêmement dangereuses » ; de plus, elles étaient suivies d’un silence honteux et douloureux facteur de nouvelles explosions. En écrivant ces lignes, Dandelion envisage à présent (2009) qu’un échange suffisamment bon et continu soit possible avec son entourage amical et soignant; il peut en dessiner les modalités.

Mais il ne s’agit pas seulement pour lui d’une fin. Il « rêve » toujours « d’un endroit sûr où on serait correctement traité·es et accompagné·es ». Il attend toujours une plus juste attitude des soignants lors de ses crises, de meilleurs lieux. Cela est-il possible? C’est en tout cas en cela que consiste le plan de crise. Nous en détaillerons certains aspects dans une seconde partie. .

Le blog de Dandelion

Dans Psyway

 

 

 

 

 

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