Accompagner une crise psychotique (2)

accompagner la crise psychotique Le bloggeur Dandelion construit un plan de crise en 11 points. Il décrit de façon très précise la violence du vécu lors de ses crises psychotiques, et ce qu’il attend des autres, amis, professionnels.

 

Dans les faits, la crise va provoquer l’intervention du monde extérieur.

Mais dans le vécu de la crise psychotique, le monde extérieur  « explose ». Ainsi, la présence des autres risque toujours d’être confondue avec les vécus qui envahissent le psychisme, qui sont terrifiants, très peu maîtrisables. Des ajustements de l’entourage sont une condition pour que le malade ne réagisse pas à leurs actions et paroles avec violence, ou par une douleur et un repli supplémentaires. Les autres doivent s’adapter aux fonctionnements psychiques du malade, et non l’inverse, pour créer un contact avec lui.

Cet écrit montre qu’au fondement de l’empowerment, il y a la volonté absolue des malades de sentir qu’on respecte suffisamment leurs fonctionnements psychiques.

En effet, il investissent fortement ces fonctionnements, alors que l’entourage les voit comme des symptômes. Ainsi, face à une crise psychotique, l’entourage doit s’aménager face au repli et aux faibles capacités d’investissement (points 1 4 ,5,8) ; face aux troubles cognitifs (point 3), aux troubles du langage (point 5). Et même les réponses de l’entourage doivent être mesurées face à certains symptômes très angoissants comme les automutilations (point n°8).

Ainsi, même les attitudes de protection et d’aide que cherchent à prodiguer des amis ou des soignants, vont exiger des précautions. Celles-ci permettent aux malades de ressentir ces gestes comme des aides, et non comme des intrusions ou comme une dépossession de soi.  Les autres doivent ne pas réagir, garder une juste mesure dans leurs interventions, afin que le monde soit ressenti comme maîtrisable et acceptable : « il est nécessaire de faire extrêmement attention à ce que vous faîtes si vous espérez conserver la confiance de la personne en crise ».

Au total, le plan de crise demande aux personnes du monde extérieur d’être présentes, mais d’une certaine façon. Ceci constitue autour du patient et avec lui un monde relationnel particulier, tel que le malade ne s’y sente pas trop mal. C’est un monde un peu différent du monde relationnel ordinaire.

Le point n° 1 s’énonce radicalement : « Ne me touchez pas ». La question du contact est fondamentale dans la crise psychotique

En effet, le malade se sent comme un écorché vif, comme pris dans un incendie… Etre touché, «  ça fait mal, ça fait peur »… Mais, ne pas être touché scellerait définitivement la rupture du lien avec le monde extérieur, et cela rendrait tout soin impensable.

Notre patient indique en fait des façons de s’approcher de lui.

La délicatesse, la mesure, diverses précautions lui permettent de différencier la présence des autres des vécus terrifiants qui envahissent son psychisme. Il insiste sur un point essentiel : des commentaires doivent précéder, accompagner  tout ce qui crée un contact. Il faut « prévenir, décrire, demander l’autorisation ». C’est le point n°2.

Il faut « créer un contact avec la personne en crise », sans forcer le regard ni la conversation, en allant à son rythme, en lui permettant de se préparer ; surtout si cela a un impact sur l’espace de la personne en crise ou sur elle-même (point 6) ;

 

Le point n°5 commente longuement la blessure que suscite le désintérêt ou le mépris de la parole des malades.

En ce qui le concerne, Dandelion dit qu’il ne peut pas articuler sa pensée, qui est confuse, ni donner sens aux mots, comme s’il utilisait une langue étrangère. Pire, les mots sont comme des morceaux de choses coupantes. Néanmoins, sa parole constitue un immense effort pour continuer à parler malgré l’envahissement psychotique : « …. les mots c’est comme des tessons de verre, je m’arrache littéralement la bouche et la langue pour prononcer 3 mots… je crache du sang juste pour dire “j’ai mal” ou autre. Alors m’entendre dire que ça veut pas dire grand chose… c’est juste me plonger dans des abîmes de désespoir. »

 

Le point n° 8 évoque les automutilations « coups, morsures, griffures »

Ce qu’en dit le malade est saisissant. En effet, il les décrit comme un moyen d’apaiser la souffrance ou de se rendre maître d’une violence interne, d’« un gros problème dedans ».

Il défend ces mutilations comme des contrefeux allumés par son fonctionnement psychique. Ainsi, il a demandé « spécifiquement » à ses proches de ne pas intervenir trop précocement, précipitamment. Cela signifierait pour lui qu’on « NE VEUT PAS » qu’il lutte et l’anéantirait encore davantage. Il demande qu’on fasse appel à « sa raison » par des paroles, par exemple  « s’il te plait, arrête ».

Et si, finalement, ce procédé paradoxal d’auto-soin devient délétère, il détaille les attitudes, les mots qu’il faudra alors employer

Autrement dit, l’intervention des autres ne sera ressentie comme protectrice et bienveillante que si, in fine, le malade ne se sent pas trop contesté, dépossédé de son pouvoir d’utiliser d’abord et avant tout ses propres ressources (empowerment).

C’est la condition pour que la confiance dans les personnes de l’entourage se maintienne, ce qui est le bien le plus précieux : « il vaut mieux trois coups de poing dans la gueule, mais qui s’arrêteront là, que m’obliger à considérer que je ne peux pas … faire confiance ».

 

La fin de la crise nous intéresse

Il ne faut pas, dit Dandelion, « abandonner » le malade ; il faut être avec lui, de façon ajustée, sans en faire trop comme nous l’avons vu précédemment.

Ainsi, souvent,  dit-il, il aura envie de sortir avant d’être totalement guéri, être dans ses « petites affaires… son petit cocon », éventuellement chez un proche. Il écrit: « même si ça vous inquiète, il vaut mieux respecter ça. Quitte à demander des nouvelles le lendemain ». Ceci permet en outre que la personne « ne se retrouve pas dans le vide avec rien du tout ».

Il nous semblerait dans l’esprit de Psyway que des moyens peu « énergivores » comme quelques rendez-vous téléphoniques ou par visioconférence  soient alors utilisés. Ils maintiendraient une présence auprès du patient convalescent  sans trop l’arracher à l’environnement calme qu’il s’est choisi.

 

Débrieffer (point n°11)

Contrairement à une opinion répandue, Dandelion ne pense pas qu’il faut « tourner la page » et oublier la crise. Au contraire, il faudra, au moment opportun,  « débriefer » (point 11). Il faut tenter de reconstituer ce qui s’est passé pendant la crise, pour conjurer la honte, tenter de remplir « les trous », le « blackout ». Il faudra réviser éventuellement le plan de crise, ce qui montre aussi  au patient l’intérêt qu’on lui porte.

 

En conclusion: plan de crise et crise psychotique

  • La rédaction de ces recommandations a demandé des années de grands efforts. Nous n’en sommes pas surpris. En effet, ce message pénètre dans l’intimité de la relation d’aide ou de soins au cours d’une crise psychotique. Il montre le chemin souvent étroit entre la nécessité de respecter les défenses du malade et celle parfois non moins impérieuse, de s’opposer à la violence excessive de certains symptômes.

 

  • Quelques équipes soignantes développent aujourd’hui des plans de crise. Au mieux, un malade et ses proches ou ses soignants construisent ce plan conjointement. Cet effort nous semble utile à chaque instant. Mais il nous semble également qu’il doive être très prolongé pour être fructueux, car c’est un accompagnement thérapeutique. Il ne s’agit en effet de rien de moins que de construire pas à pas les termes d’une rencontre. Les soignants comme les patients doivent ainsi mieux comprendre la dynamique des troubles. Ils doivent réfléchir ensemble par anticipation à la valeur et aux limites des mécanismes d’adaptation individuelle, et aux modalités de certaines interventions, qu’elles soient en acte ou en paroles.

 

Le blog de Dandelion

 

Dans Psyway

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